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NOEL : LA VOIE DE LA FRAGILITE

La naissance de cet enfant n’est pas conventionnelle : il aurait dû naître à Nazareth mais voilà que, par une volonté politique (un recensement), ses parents vont prendre la route et il va naître ailleurs : à Bethléem. Il aurait dû naître dans la salle commune mais il n’y avait pas de place. Il aurait dû naître dans un certain confort mais il fut placé dans une mangeoire pour animaux. La naissance de cet enfant annonçait déjà la venue de quelqu’un de différent. Dieu est venu nous rejoindre par la voie de la simplicité, de l’humilité, de la petitesse, de la fragilité.

 

Fêter Noël en cette année 2018 ne peut se faire qu’en faisant mention de l’actualité de notre pays bien marqué par la fragilité. La crise des gilets jaunes a fait émerger une réalité qui sommeillait depuis longtemps. Cela a permis de prendre davantage conscience de la fragilité de la démocratie, de la fragilité d’un tissu social, de la fragilité d’un système économique. L’attentat terroriste de Strasbourg nous a rappelé la fragilité de notre existence qui peut être balayée en une seconde par l’acte d’un fanatique. Quel sens trouver dans cette fête de Noël sinon celle d’une espérance profonde ? La naissance d’un enfant dans une famille manifeste de début d’une nouvelle histoire, c’est la vie en puissance, la fraîcheur de la nouveauté. Fêter Noël, c’est fêter la naissance d’un enfant qui s’appelle Jésus dont le nom signifie « Le Seigneur sauve ». Réécoutons cette parole de l’ange qui s’adresse aux bergers : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur ». Par-delà le chemin chaotique de la naissance de Jésus évoqué il y a un instant, le message est clair : « Ne craignez pas ! N’ayez pas peur ! » Cette parole est encore adressé à chacun de nous aujourd’hui : « Ne craignez pas ! » La foi en Dieu nous apporte la force nécessaire pour avancer dans la vie avec confiance, avec assurance. La foi est un atout solide dans une vie car elle ancre profondément notre existence dans ce qu’il y a de plus sûr afin de tenir debout malgré les tempêtes qui peuvent nous secouer.

Et l’ange continue : « voici que je vous annonce une bonne nouvelle ». Cette bonne nouvelle, ce n’est pas l’augmentation du SMIC de 100 euros ou la création d’un référendum d’initiative populaire. Cette bonne nouvelle, c’est la naissance d’un Sauveur.

 

Au cœur même de la précarité, la naissance de l’enfant manifeste que c’est la fragilité qui nous permet de découvrir le sens de notre existence. La bonne nouvelle, c’est que, dans notre société si fragile, la naissance de Jésus est le signe qu’un renouveau est possible.

 

Notre société n’a-t-elle mis Dieu trop de côté ? A vouloir l’évacuer de tout, notre vie ordinaire et quotidienne ne perd-elle pas de son sens ultime ? Toute vie a besoin de spiritualité. La spiritualité chrétienne a été oublié et pourtant, elle est extrême profonde. La fête de Noël, loin de la conjecture commerciale, est une fête qui nous rappelle que Dieu s’est incarné.

 

Il a voulu venir nous rejoindre, venir au plus près de l’humanité pour nous montrer le chemin qui conduit à lui. En chaque personne, il existe une étincelle divine. Ne l’éteignons pas trop vite. Au contraire, faisons-là briller et témoignons qu’être chrétien, ce n’est pas défendre une morale coincée. Etre chrétien, c’est d’abord prendre soin de la fragilité. En ce Noël, Jésus nous le rappelle et chacun est appelé à prendre le chemin vers la crèche c’est-à-dire vers la simplicité, vers la sobriété.

Samedi après-midi avait lieu un goûter solidaire à l’église Ste Thérèse à Quimper où différents groupes en précarité étaient invités à partager un moment ensemble avec les gens de la paroisse. J’ai été frappé par l’authenticité de cette rencontre. Pas de chichi, du vrai. Pas de paraître, des paroles simples et profondes. Des convictions bien diverses mais tous unis par une réelle fraternité. Si les chrétiens sont capables de favoriser des rencontres de ce type, ils mettent en pratique ce que le Christ leur a demandé de vivre. J’aimerais que toutes nos communautés dans la paroisse soient attentives aux plus fragiles, à toutes celles et ceux qui n’ont pas trouvé de « place dans la salle commune » comme le dit l’évangile. Chacun de nous a des fragilités mais c’est en étant attentifs les uns aux autres qu’on peut construire quelque chose ensemble. La crise des gilets jaunes a vu apparaître sur les ronds-points des gestes de solidarité inédits, des gens qui ne se parlaient pas en sont venus à créer des amitiés. Notre société individualiste à tant besoin de trouver des moyens pour créer du lien, loin des violences, et de vivre davantage de fraternité : se parler, s’entraider, s’épauler.

 

 A Noël, Dieu le Très-Haut s’est fait le Très-bas. Il est venu jusqu’à nous et a embrassé notre condition humaine pour la transfigurer de sa lumière. Jésus est venu nous sauver de ce qui va mal dans nos vies et nous guérir de nos blessures. Réécoutons encore l’ange dire aux bergers : « Voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire ».

 

En ces fêtes de Noël, je vous invite à repérer dans votre quotidien des signes de fragilité qui nous disent quelque chose d’essentiel : Dieu se révèle à nous dans tout ce qui est humble.

 

Joyeux Noël !

 

 

 

Père Sébastien GUIZIOU, curé