Billet du samedi 16 mai

 

Chers amis, pour conclure ces deux mois d’entretien quotidien par le biais de ces « petits billets », je vous laisse avec les mots du Pape François, dans son Exhortation Apostolique « La joie de l’Evangile », où il nous parle de l’Eglise « en sortie ». C’est cette Eglise qu’il nous faut (re)trouver maintenant, au lendemain du confinement :

 

 

 

            « L’Eglise « en sortie » est la communauté des disciples missionnaires qui prennent l’initiative, qui s’impliquent, qui accompagnent, qui fructifient et qui fêtent. La communauté évangélisatrice expérimente que le Seigneur a pris l’initiative, il l’a précédée dans l’amour (cf. 1 Jn 4/10), et en raison de cela, elle sait aller de l’avant, elle sait prendre l’initiative sans crainte, aller à la rencontre, chercher ceux qui sont loin et arriver aux croisées des chemins pour inviter les exclus… osons un peu plus prendre l’initiative !... La communauté évangélisatrice, par ses œuvres et ses gestes, se met dans la vie quotidienne des autres, elle raccourci les distances, elle s’abaisse jusqu’à l’humiliation si c’est nécessaire, et assume la vie humaine, touchant la chair souffrante du Christ dans le peuple. La communauté évangélisatrice se dispose à « accompagner ». Elle accompagne l’humanité en tous ses processus, aussi durs et prolongés qu’ils puissent être. L’évangélisation a beaucoup de patience, et elle évite de ne pas tenir compte des limites. Fidèle au don du Seigneur, elle sait aussi « fructifier ». La communauté évangélisatrice est toujours attentive aux fruits, parce que le Seigneur la veut féconde… enfin, la communauté évangélisatrice, joyeuse, sait toujours « fêter ». Elle célèbre et fête chaque petite victoire, chaque pas en avant dans l’évangélisation. L’évangélisation joyeuse se fait beauté dans la liturgie, dans l’expérience quotidienne de faire progresser le bien. L’Eglise évangélise et s’évangélise elle-même par la beauté de la liturgie, laquelle est aussi célébration de l’activité évangélisatrice et source d’une impulsion renouvelée à se donner. »

 

 

 

Chers amis, et si c’était cela notre ligne d’action pour les mois à venir !

 

 

 

Merci. A bientôt de vous revoir physiquement de faire encore un bout de chemin avec vous !

 

 

 

P. Philippe

 

           

 


Billet de Pâques vendredi 15 mai

 

Chers amis, aujourd’hui, je vous propose de réfléchir sur la patience, œuvre de l’Esprit Saint. N’avez-vous pas remarqué comme elle semble nous faire défaut ces derniers temps. Nous sommes tous impatients d’en finir avec cette pandémie. Nous sommes tous impatients de retrouver un rythme de vie normale. Nous sommes tous impatients de retrouver nos lieux conviviaux, de loisirs, de travail, nos églises et de pouvoir à nouveau venir y prier, et célébrer. Quand cela va-t-il enfin être possible ? Cette question nous est lancée parfois avec de l’agressivité comme si cela était de notre faute !

 

 

 

            Nous, nous n’aimons pas attendre, nous sommes sans doute pris dans le tourbillon du monde, à grande vitesse. Et nous voulons tout et tout de suite. Nous n’aimons pas attendre dans les longues files d’attente. Nous n’aimons pas attendre le train, surtout quand on sait qu’il aura du retard ! tout est fait, ou presque, pour nous éviter d’attendre : les cartes bleues sans contact et les libres services ou les drive, les ventes à crédit et les distributeurs automatiques – quand ils ne tombent pas en panne ; internet – quand il ne « rame » pas…

 

 

 

Et si, finalement, nous nous conformions à Dieu. Voyons combien il est patient. Il a choisi de se faire attendre le temps de tout un Avent. Il a fait de l’attente l’espace de la conversion, le face à face avec ce qui est caché, l’usure qui ne s’use pas. Il nous empêche aussi de vouloir aller plus vite que nous ne permet la longue houle de notre cœur. Il nous permet d’avoir patience avec nous-mêmes, car le temps œuvre à l’ombre de nos irritations, le temps progresse et cicatrise, alors même que nous démange sa lenteur et que nous inquiètent ses retours de flamme. Notre Dieu est patient car il marche avec lenteur et il reconstruit, de génération en génération.

 

 

 

 

 

Bonne journée.

 

P. Philippe

 


Billet de Pâques jeudi 14 mai

 

Chers amis, je me permets de m’inspirer aujourd’hui, en le réadaptant, un éditorial d’une revue jésuite, parue en avril 2012, et intitulé : « Sortir du fatalisme » :

 

 

 

« Il nous faut sortir du fatalisme. Qu’on le veuille ou non, la pandémie que nous avons vécue, et de laquelle il nous faut sortir prudemment, avec son lot de souffrances et de morts mais aussi de plein de gestes solidaires, nous servira de point de repère tout au long de notre vie. A l’égal et parfois davantage que les événements heureux : réconciliations, armistices, naissances, mariages, même si bon nombre de ceux-ci ont dû être reportés. Car le tragique a un tel pouvoir d’imprégnation dans nos esprits qu’il resurgit à la moindre épreuve endurée. On s’en souviendra t de cette pandémie ! Quand l’événement est collectif, il nous met dans un état de sidération que nourrissent aussitôt sur nos écrans les images qui l’ont enregistré, puis les documentaires ou les œuvres de fiction qui s’en inspirent. Le cinéma nous a déjà présenté des pandémies. Dans le film « Contagion », alors qu'une épidémie se propage à grande vitesse, la communauté médicale mondiale tente, dans une course effrénée contre la montre, de trouver un remède et de contrôler la panique qui se répand encore plus vite que le virus. Dans « Padémia », film sud-coréen, près d'une grande métropole, la police découvre, entassés dans un container, des dizaines de corps putréfiés victimes d'un mal mystérieux. Au même moment, un passeur de clandestins, atteint d'un virus inconnu, décède à l'hôpital. Dans « Infectés », film américain, quatre amis se rendent comptent qu'ils portent en eux un virus bien plus dangereux qu'aucun autre virus... Et on pourrait continuer ! Quand l’événement est individuel, qu’il touche un être proche ou lointain, et a fortiori si nous en sommes les acteurs, nous nous trouvons au fil du temps d’étranges liens de parenté avec certains personnages des tragédies grecques, comme s’il avait fallu participer de leur fraternité dans le malheur pour devenir l’homme ou la femme que nous sommes à présent.

 

 

 

Reste que la complaisance dans le sentiment tragique de la vie ne mène qu’à l’éternel ressassement de ces jours où l’effroi nous a saisis et abandonnés sur les rives du non-sens. La passion du Christ, tragédie des tragédies où le Dieu créateur lui-même est mis à l’épreuve, nous libère paradoxalement de cet effroi. En nous y faisant replonger par les sacrements – encore un peu de patience et nous allons pouvoir les vivre à nouveau – par la contemplation attentive de chaque instant précédant la résurrection, Jésus-Christ, le seul vainqueur, le seul antivirus contre tous les maux de la terre, nous fait sortir de ce fatalisme auquel tout semblait nous condamner. »

 

 

 

Bonne journée.

 

P. Philippe

 


Billet de Pâques mercredi 13 mai

 

Chers amis, en ce troisième jour de déconfinement, la crise que nous avons traversée collectivement avec son cortège de mauvaises nouvelles quotidiennes, mais aussi les épreuves plus personnelles, l’usure des jours, la routine ou l’ennui, le balcon en guise de sortie quotidienne, si nous en avons un !... ont peut-être endommagé en nous la capacité à nous projeter, en ont accentué la fragilité, la précarité de l’existence. L’élan vital, l’énergie pour entreprendre ont été comme absents, stoppés.

 

 

 

            Lieu de combat récurrent pour beaucoup d’entre nous, peut-être même spirituel, que ce confinement ! Alors comment ne pas se laisser engloutir, comment réagir à temps et, même, prévenir ces états qui ôtent le goût d’avancer ? Il en faut de la vigilance pour que les assauts répétitifs du découragement ne nous essoufflent pas. Il en faut du courage pour continuer la route quand tout est un peu lourd à porter. Il en faut de l’espérance pour traverser l’existence sans se lasser de soi et des autres.

 

 

 

            Nous avons la faculté de nous convier au meilleur de nous-même. La solidarité se vit dans le pire comme dans le meilleur ! Nous « décolorons » les uns sur les autres. C’est une réalité incontournable de nos vies que ce lien fatal ou vivifiant. La nature des liens que nous entretenons avec nos semblables nous dévoile la source de nos découragements comme celle de nos sorties de crise.

 

 

 

            L’Evangile est plein de ce dynamisme qui nous pousse vers l’autre, vers le pardon, vers l’amour de l’ennemi, vers l’Autre. Pourtant il y a tant d’inaccessible dans l’amour que le découragement rôde, prêt à nous faire très vite abandonner le terrain. Et rien n’est plus décourageant que ce perpétuel recommencement dans la mise en pratique de l’amour. Demain je ferai ceci, demain je ne ferai pas cela… et c’est tout le contraire qui arrive. Combien de promesses successives faites dans le secret de nos cœurs et que nous n’avons pu tenir ! Et nus voilà accablés, sûrs de ne jamais pouvoir atteindre cette image tant convoitée de nous-mêmes. Quelle déception, quelle tristesse : je ne suis que cet homme-là, cette femme-là ?

 

 

 

            Accepter d’aimer très imparfaitement est le début de la sortie de la crise. Mais il faut du temps pour consentir à cette blessure de notre amour-propre. Car il faut bien le dire qu’il en a pris un sacré coup.

 

 

 

            Chers amis, même si nous sortons lentement et prudemment de notre confinement, nous sommes encore en temps de crise sanitaire et au cœur de ce combat qui nous tourmente : consentir à être ce que nous sommes, avec ses insuffisances, ses défaillances, mais aussi au cœur même de l’inachevé, de l’imparfait, reconnaître cette étonnante présence d’infini, de sublime qui dit Dieu : « Ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? Si quelqu’un détruit le sanctuaire de Dieu, cet homme, Dieu le détruira, car le sanctuaire de Dieu est saint, et ce sanctuaire, c’est vous. » (1 Co. 3/16-17).

 

 

 

            Traverser la faiblesse, traverser la crise, traverser tous les combats qui ont été les nôtres, c’est reconnaître que le manque, l’imperfection, même le mal ne sont pas la mort mais nous constituent et sont, si nous y consentons, le lieu même où la vie peut surgir, comme une naissance.

 

 

 

            Le regard de Dieu posé sur nous nous convie à nous appuyer sur Lui. Si nous restions seuls, alors les forces spirituelles, psychiques, nous manqueraient comme l’air manque au corps. Nous serions menacés d’asphyxie. C’est une question de vie et de mort. Nous avons besoin les uns des autres pour nous rappeler que pour naître, ou renaître, nous avons besoin d’une chair et d’une parole.

 

 

 

Bonne journée

P. Philippe


Billet de Pâques mardi 12 mai

 

Chers amis, gardons confiance. Le 13 mars dernier, notre pays s’est arrêté et est entré dans une période de confinement. Et nous avons pu mesurer l’ampleur du désastre causé par cette pandémie du COVID-19. Pascal écrivait, dans ses Pensées, n°130 : « Tout notre fondement craque, et la terre s’ouvre aux abîmes ». Il ne parlait pas d’une pandémie. Il parlait de la condition humaine permanente, mais d’une condition habituellement voilée par l’immense effort des cultures pour aménager, habiter et embellir le monde. La pandémie venue de Chine a comme déchiré ce voile, apportant au monde et à notre société son lot de nouvelles raisons de soupçonner la science, la technique, la politique, et jusqu’à la nature elle-même. Ce qui a craqué, vacillé et s’est dérobé, c’est le fondement de confiance sur lequel reposent nos institutions démocratiques, notre goût d’agir, notre élan vers l’avenir et vers autrui. Et nous nous sommes peut-être légitimement posé la question de notre devenir durant et après cette pandémie de laquelle, lentement, nous sortons, avec la plus grande prudence et la plus vive responsabilité citoyenne.

 

 

 

            Quel a été notre propre indice de confiance tout au long de ce confinement ? La confiance est essentiellement un sentiment qui va de personne à personne. Elle peut aussi être déçue et trahie, donc fragile. Fragile ne signifie pas aveugle ou naïve. La confiance est un acte et invite à l’acte, comme peuvent en témoigner les verbes qui en constituent le champ sémantique : on donne confiance ou sa confiance, on prend ou on garde confiance, on fait confiance : toutes ces expressions désignent un engagement de la personne, plus sensible encore dans l’emploi, direct ou réfléchi, du verbe « confier » : on confie à quelqu’un un bien précieux, et plus radicalement encore on se confie. Le verbe résiste à sa chosification en substantif, un peu comme l’évangéliste St Jean préfère systématiquement au mot foi le verbe croire, marquant par là que cette foi ne peut être dissociée de l’acte qui la pose.

 

 

 

            De quelle nature est donc l’acte de confiance ? Comme peuvent en témoigner les termes apparentés : « fidélité », « fiançailles », « foi », il est fondamentalement d’ordre éthique : si je t’ai fait confiance, j’ai le droit de te reprocher ta trahison ; si tu m’as fait confiance, j’ai le devoir d’honorer ta confiance : nous voici liés dans une réciprocité de droit et de devoir, mais sans que ce pacte puisse se traduire en termes contractuels clairement définis, car il enveloppe toujours une part d’inconditionné, de risque et de gratuité. Faire confiance signifie renoncer par là-même à tout contrôler.

 

 

 

            Faire confiance ou être objet de confiance exige ou interdit certaines conduites, mais surtout cela suscite un « nous » qui permet de poursuivre des fins qu’on ne saurait viser ni atteindre seul. Comme le respect, l’admiration – tels ceux que nous avons portés et portons encore aux soignants, aux malades, aux familles endeuillées, aux gens de la rue qui ont dû rester « confinés dehors », aux pauvres, à tous ceux qui ont « aidé à quelque chose » ou essayer de « garder le moral des troupes » - comme l’indignation aussi – devant des attitudes irresponsables par exemple, y compris chez les grands de ce monde ! – la confiance est donc un sentiment moral, c’est-à-dire un point de tangence entre une sphère affective, émotionnelle, où le sujet est réceptif, affecté par ce qui lui advient, et la sphère morale, où il s’engage activement comme personne libre.

 

 

 

            Gardons donc confiance. Confiance que la vie va reprendre, certes peut-être pas comme avant, mais sûrement renouvelée dans nos habitudes, notre rapport aux choses et aux autres. Gardons confiance en notre capacité de nous montrer encore plus solidaires les uns des autres, entre nous d’abord, dans nos maisons, nos familles (combien se sont déchirées car elles avaient perdu le goût et le risque d’être ensemble !), nos relations de travail, nos communautés chrétiennes.

 

 

 

Bonne journée.

 

P. Philippe

 


Billet de Pâques lundi 11 mai

 

Chers amis : « ça y est ! Enfin ! Ce n’est pas trop tôt ! Ouf ! Cela fait du bien de prendre l’air !... » On pourrait ajouter encore pleins d’expressions de ce style qui expriment ce désir tant attendu de pouvoir retrouver une certaine liberté. Comme si nous l’avions vraiment perdue !

 

 

 

            Dans le dictionnaire, à l’article « confiner », on trouve deux définitions possibles. Confiner a tout d’abord le sens d’enfermer, d’isoler, de boucler, de renfermer, de reléguer. On parlera ainsi d’un malade qui, dans le cadre d’une maladie grave, que ce soit le COVID 19 ou autre, doit rester confiné dans une chambre stérile. Mais confiner c’est aussi toucher aux limites de, être proche de.

 

 

 

            A partir de ces deux sens, en guise d’introduction, je voudrais m’embarquer avec vous, tout au long de cette semaine, dans un processus de relecture de ces deux mois que nous avons passé « entre quatre murs », pour reprendre une expression que nous utilisons aussi. Et, à partir de cette expérience de confinement essayer, avec vous, d’en tirer profit pour un après peut-être renouvelé. Je voudrais vous inviter aussi à ne pas laisser retomber votre vie spirituelle qui, à bien des égards, a été mise un peu à mal et en même temps, parce que nous avions plus de temps que d’habitude, n’a peut-être pas été aussi entretenue, aussi vive…

 

 

 

Bonne journée.

 

P. Philippe

 


Billets de Pâques samedi 9 mai

 

Chers amis, terminons notre semaine consacrée à une réflexion sur le sens du travail, avec quelques textes de la Doctrine Sociale de l’Eglise, avec un texte du Pape Léon XIII, extrait de la toute première encyclique sociale de l’Eglise, en date du 15 mai 1881 : « Rerum Novarum ». Elle commence ainsi :

 

 

 

« La soif d'innovations qui depuis longtemps s'est emparée des sociétés et les tient dans une agitation fiévreuse devait, tôt ou tard, passer des régions de la politique dans la sphère voisine de l'économie sociale. En effet, l'industrie s'est développée et ses méthodes se sont complètement renouvelées. Les rapports entre patrons et ouvriers se sont modifiés. La richesse a afflué entre les mains d'un petit nombre et la multitude a été laissée dans l'indigence. Les ouvriers ont conçu une opinion plus haute d'eux-mêmes et ont contracté entre eux une union plus intime. Tous ces faits, sans parler de la corruption des mœurs, ont eu pour résultat un redoutable conflit.

 

 

 

Partout, les esprits sont en suspens et dans une anxieuse attente, ce qui seul suffit à prouver combien de graves intérêts sont ici engagés. Cette situation préoccupe à la fois le génie des savants, la prudence des sages, les délibérations des réunions populaires, la perspicacité des législateurs et les conseils des gouvernants. En ce moment, il n'est pas de question qui tourmente davantage l'esprit humain. »

 

 

 

Autre extrait :

 

 

 

« … Parmi les graves et nombreux devoirs des gouvernants qui veulent pourvoir comme il convient au bien public, celui qui domine tous les autres consiste à avoir soin également de toutes les classes de citoyens, en observant rigoureusement les lois de la justice dite distributive.

 

 

 

Tous les citoyens sans exception doivent apporter leur part à la masse des biens communs qui, du reste, par un retour naturel, se répartissent de nouveau entre les individus. Néanmoins, les apports respectifs ne peuvent être ni les mêmes, ni d'égale mesure. Quelles que soient les vicissitudes par lesquelles les formes de gouvernement sont appelées à passer, il y aura toujours entre les citoyens ces inégalités de conditions sans lesquelles une société ne peut ni exister, ni être conçue. A tout prix, il faut des hommes qui gouvernent, qui fassent des lois, qui rendent la justice, qui enfin de conseil ou d'autorité administrent les affaires de la paix et les choses de la guerre. A n'en pas douter, ces hommes doivent avoir la prééminence dans toute société et y tenir le premier rang, puisqu'ils travaillent directement au bien commun et d'une manière si excellente. Ceux au contraire qui s'appliquent aux choses de l'industrie ne peuvent concourir à ce bien commun, ni dans la même mesure, ni par les mêmes voies.

 

 

 

Eux aussi cependant, quoique d'une manière moins directe, servent grandement les intérêts de la société. Sans nul doute, le bien commun dont l'acquisition doit avoir pour effet de perfectionner les hommes est principalement un bien moral. Mais, dans une société bien constituée, il doit se trouver encore une certaine abondance de biens extérieurs " dont l'usage est requis à l'exercice de la vertu "

Or, tous ces biens, c'est le travail de l'ouvrier, travail des champs ou de l'usine, qui en est surtout la source féconde et nécessaire. Bien plus, dans cet ordre de choses, le travail a une telle fécondité et une telle efficacité, que l'on peut affamer sans crainte de se tromper que, seul, il donne aux nations la prospérité. L'équité demande donc que l'Etat se préoccupe des travailleurs. Il doit faire en sorte qu'ils reçoivent une part convenable des biens qu'ils procurent à la société, comme l'habitation et le vêtement, et qu'ils puissent vivre au prix de moins de peines et de privations. Ainsi, l'Etat doit favoriser tout ce qui, de près ou de loin, paraît de nature à améliorer leur sort. Cette sollicitude, bien loin de préjudicier à personne, tournera au contraire au profit de tous, car il importe souverainement à la nation que des hommes, qui sont pour elle le principe de biens aussi indispensables, ne se trouvent point de tous côtés aux prises avec la misère. »

 

 

 

 

 

Bonne journée.

 

P. Philippe

 


Billet de Pâques vendredi 8 mai

 

Chers amis, aujourd’hui c’est avec Saint Jean-Paul II que je voudrais poursuivre avec vous la réflexion sur le sens du travail. C’est en ces termes qu’il ouvre son Encyclique Laborem Exercens, en date du 15 mai 1981, parue 90 ans après celle de « Rerum Novarum » du Pape Léon XIII : « C'EST PAR LE TRAVAIL que l'homme doit se procurer le pain quotidien et contribuer au progrès continuel des sciences et de la technique, et surtout à l'élévation constante, culturelle et morale, de la société dans laquelle il vit en communauté avec ses frères. Le mot « travail » désigne tout travail accompli par l'homme, quelles que soient les caractéristiques et les circonstances de ce travail, autrement dit toute activité humaine qui peut et qui doit être reconnue comme travail parmi la richesse des activités dont l'homme est capable et auxquelles il est prédisposé par sa nature même, en vertu de son caractère humain. Fait à l'image, à la ressemblance de Dieu lui-même dans l'univers visible et établi dans celui-ci pour dominer la terre , l'homme est donc dès le commencement appelé au travail. Le travail est l'une des caractéristiques qui distinguent l'homme du reste des créatures dont l'activité, liée à la subsistance, ne peut être appelée travail ; seul l'homme est capable de travail, seul l'homme l'accomplit et par le fait même remplit de son travail son existence sur la terre. Ainsi, le travail porte la marque particulière de l'homme et de l'humanité, la marque d'une personne qui agit dans une communauté de personnes ; et cette marque détermine sa qualification intérieure, elle constitue en un certain sens sa nature même. »

 

 

 

Au chapitre II, intitulé « Le travail et l’homme », le Pape Jean-Paul II évoque la question de la solidarité des travailleurs :

 

 

 

« Des mouvements de solidarité dans le domaine du travail _ d'une solidarité qui ne doit jamais être fermeture au dialogue et à la collaboration avec les autres _ peuvent être nécessaires, même par rapport aux conditions de groupes sociaux qui auparavant n'étaient pas compris parmi ces mouvements, mais qui subissent, dans les mutations des systèmes sociaux et des conditions de vie, une «prolétarisation» effective ou même se trouvent déjà en réalité dans une situation de «prolétariat» qui, même si on ne la connaît pas encore sous ce nom, est telle qu'en fait elle le mérite. Dans cette situation peuvent se trouver plusieurs catégories ou groupes de l'« intelligentsia » du travail, spécialement lorsque l'accès toujours plus large à l'instruction, le nombre toujours croissant des personnes ayant obtenu des diplômes par leur préparation culturelle, vont de pair avec une diminution de demandes de leur travail. Un tel chômage des intellectuels arrive ou augmente lorsque l'instruction accessible n'est pas orientée vers les types d'emplois ou de services que requièrent les vrais besoins de la société, ou quand le travail pour lequel on exige l'instruction, au moins professionnelle, est moins recherché ou moins bien payé qu'un travail manuel. Il est évident que l'instruction, en soi, constitue toujours une valeur et un enrichissement important de la personne humaine ; néanmoins, certains processus de « prolétarisation » restent possibles indépendamment de ce fait. Aussi faut-il continuer à s'interroger sur le sujet du travail et sur les conditions dans lesquelles il vit. Pour réaliser la justice sociale dans les différentes parties du monde, dans les divers pays, et dans les rapports entre eux, il faut toujours qu'il y ait de nouveaux mouvements de solidarité des travailleurs et de solidarité avec les travailleurs. Une telle solidarité doit toujours exister là où l'exigent la dégradation sociale du sujet du travail, l'exploitation des travailleurs et les zones croissantes de misère et même de faim. L'Eglise est vivement engagée dans cette cause, car elle la considère comme sa mission, son service, comme un test de sa fidélité au Christ, de manière à être vraiment l' « Eglise des pauvres ». Et les « pauvres » apparaissent sous bien des aspects ; ils apparaissent en des lieux divers et à différents moments; ils apparaissent en de nombreux cas comme un résultat de la violation de la dignité du travail humain: soit parce que les possibilités du travail humain sont limitées _ c'est la plaie du chômage _, soit parce qu'on mésestime la valeur du travail et les droits qui en proviennent, spécialement le droit au juste salaire, à la sécurité de la personne du travailleur et de sa famille. »

 

 

 

Bonne journée.

 

P. Philippe

 


Billet de Pâques jeudi 7 mai

 

Chers amis, poursuivons et terminons la lecture de la réflexion du Pape François sur la nécessité de préserver le travail (n° 127 à 129)

 

127. Nous disons que « l’homme est l’auteur, le centre et le but de toute la vie économico-sociale ». Malgré cela, quand la capacité de contempler et de respecter est détériorée chez l’être humain, les conditions sont créées pour que le sens du travail soit défiguré. Il faut toujours se rappeler que l’être humain est « capable d’être lui-même l’agent responsable de son mieux-être matériel, de son progrès moral, et de son épanouissement spirituel ». Le travail devrait être le lieu de ce développement personnel multiple où plusieurs dimensions de la vie sont en jeu : la créativité, la projection vers l’avenir, le développement des capacités, la mise en pratique de valeurs, la communication avec les autres, une attitude d’adoration. C’est pourquoi, dans la réalité sociale mondiale actuelle, au-delà des intérêts limités des entreprises et d’une rationalité économique discutable, il est nécessaire que « l’on continue à se donner comme objectif prioritaire l’accès au travail...pour tous ».

 

128. Nous sommes appelés au travail dès notre création. On ne doit pas chercher à ce que le progrès technologique remplace de plus en plus le travail humain, car ainsi l’humanité se dégraderait elle-même. Le travail est une nécessité, il fait partie du sens de la vie sur cette terre, chemin de maturation, de développement humain et de réalisation personnelle. Dans ce sens, aider les pauvres avec de l’argent doit toujours être une solution provisoire pour affronter des urgences. Le grand objectif devrait toujours être de leur permettre d’avoir une vie digne par le travail. Mais l’orientation de l’économie a favorisé une sorte d’avancée technologique pour réduire les coûts de production par la diminution des postes de travail qui sont remplacés par des machines. C’est une illustration de plus de la façon dont l’action de l’être humain peut se retourner contre lui-même. La diminution des postes de travail « a aussi un impact négatif sur le plan économique à travers l’érosion progressive du “capital social”, c’est-à-dire de cet ensemble de relations de confiance, de fiabilité, de respect des règles indispensables à toute coexistence civile ». En définitive, « les coûts humains sont toujours aussi des coûts économiques, et les dysfonctionnements économiques entraînent toujours des coûts humains ». Cesser d’investir dans les personnes pour obtenir plus de profit immédiat est une très mauvaise affaire pour la société.

 

129. Pour qu’il continue d’être possible de donner du travail, il est impérieux de promouvoir une économie qui favorise la diversité productive et la créativité entrepreneuriale. Par exemple, il y a une grande variété de systèmes alimentaires ruraux de petites dimensions qui continuent à alimenter la plus grande partie de la population mondiale, en utilisant une faible proportion du territoire et de l’eau, et en produisant peu de déchets, que ce soit sur de petites parcelles agricoles, vergers, ou grâce à la chasse, à la cueillette et la pêche artisanale, entre autres. Les économies d’échelle, spécialement dans le secteur agricole, finissent par forcer les petits agriculteurs à vendre leurs terres ou à abandonner leurs cultures traditionnelles. Les tentatives de certains pour développer d’autres formes de production plus diversifiées, finissent par être vaines en raison des difficultés pour entrer sur les marchés régionaux et globaux, ou parce que l’infrastructure de vente et de transport est au service des grandes entreprises. Les autorités ont le droit et la responsabilité de prendre des mesures de soutien clair et ferme aux petits producteurs et à la variété de la production. Pour qu’il y ait une liberté économique dont tous puissent effectivement bénéficier, il peut parfois être nécessaire de mettre des limites à ceux qui ont plus de moyens et de pouvoir financier. Une liberté économique seulement déclamée, tandis que les conditions réelles empêchent beaucoup de pouvoir y accéder concrètement et que l’accès au travail se détériore, devient un discours contradictoire qui déshonore la politique. L’activité d’entreprise, qui est une vocation noble orientée à produire de la richesse et à améliorer le monde pour tous, peut être une manière très féconde de promouvoir la région où elle installe ses projets ; surtout si on comprend que la création de postes de travail est une partie incontournable de son service du bien commun. (fin)

 

 

 

Bonne journée.

 

P.Philippe

 


Billet de Pâques mercredi 6 mai

 

Chers amis, dans sa Lettre Encyclique sur la sauvegarde de la création « Laudato Si », en date du 24 mai 2015, le Pape François, dans un chapitre intitulé « La racine humaine de la crise écologique » mène une réflexion sur la nécessité de préserver le travail. Je reproduis ici, aujourd’hui, in extenso, les n° 124 à 126 :

 

 

 

124. Dans n’importe quelle approche d’une écologie intégrale qui n’exclue pas l’être humain, il est indispensable d’incorporer la valeur du travail, développée avec grande sagesse par saint Jean-Paul II dans son Encyclique Laborem exercens. Rappelons que, selon le récit biblique de la création, Dieu a placé l’être humain dans le jardin à peine créé (cf. Gn 2, 15) non seulement pour préserver ce qui existe (protéger) mais aussi pour le travailler de manière à ce qu’il porte du fruit (labourer). Ainsi, les ouvriers et les artisans « assurent une création éternelle » (Si 38, 34). En réalité, l’intervention humaine qui vise le développement prudent du créé est la forme la plus adéquate d’en prendre soin, parce qu’elle implique de se considérer comme instrument de Dieu pour aider à faire apparaître les potentialités qu’il a lui-même mises dans les choses : « Le Seigneur a créé les plantes médicinales, l’homme avisé ne les méprise pas » (Si 38, 4).

 

 

 

125. Si nous essayons de considérer quelles sont les relations adéquates de l’être humain avec le monde qui l’entoure, la nécessité d’une conception correcte du travail émerge, car si nous parlons de la relation de l’être humain avec les choses, la question du sens et de la finalité de l’action humaine sur la réalité apparaît. Nous ne parlons pas seulement du travail manuel ou du travail de la terre, mais de toute activité qui implique quelque transformation de ce qui existe, depuis l’élaboration d’une étude sociale jusqu’au projet de développement technologique. N’importe quelle forme de travail suppose une conception d’une relation que l’être humain peut ou doit établir avec son semblable. La spiritualité chrétienne, avec l’admiration contemplative des créatures que nous trouvons chez saint François d’Assise, a développé aussi une riche et saine compréhension du travail, comme nous pouvons le voir, par exemple, dans la vie du bienheureux Charles de Foucauld et de ses disciples.

 

 

 

126. Recueillons aussi quelque chose de la longue tradition du monachisme. Au commencement, il favorisait, d’une certaine manière, la fuite du monde, essayant d’échapper à la décadence urbaine. Voilà pourquoi les moines cherchaient le désert, convaincus que c’était le lieu propice pour reconnaître la présence de Dieu. Plus tard, saint Benoît de Nurcie a proposé que ses moines vivent en communauté, alliant la prière et la lecture au travail manuel (“Ora et labora’’). Cette introduction du travail manuel, imprégné de sens spirituel, était révolutionnaire. On a appris à chercher la maturation et la sanctification dans la compénétration du recueillement et du travail. Cette manière de vivre le travail nous rend plus attentifs et plus respectueux de l’environnement, elle imprègne de saine sobriété notre relation au monde… » (à suivre)

 

 

 

 

 

Bonne journée.

 

P. Philippe

 


Billet de Pâques mardi 5 mai

 

Chers amis, poursuivons la lecture du chapitre 3 de Gaudium et Spes : « … L’homme, créé à l’image de Dieu, a en effet reçu la mission de soumettre la terre et tout ce qu’elle contient, de gouverner le cosmos en sainteté et justice et, en reconnaissant Dieu comme Créateur de toutes choses, de lui référer son être ainsi que l’univers : en sorte que, tout étant soumis à l’homme, le nom même de Dieu soit glorifié par toute la terre.

 

 

 

Cet enseignement vaut aussi pour les activités les plus quotidiennes. Car ces hommes et ces femmes qui, tout en gagnant leur vie et celle de leur famille, mènent leurs activités de manière à bien servir la société, sont fondés à voir dans leur travail un prolongement de l’œuvre du Créateur, un service de leurs frères, un apport personnel à la réalisation du plan providentiel dans l’histoire.

 

 

 

Loin d’opposer les conquêtes du génie et du courage de l’homme à la puissance de Dieu et de considérer la créature raisonnable comme une sorte de rivale du Créateur, les chrétiens sont au contraire bien persuadés que les victoires du genre humain sont un signe de la grandeur divine et une conséquence de son dessein ineffable. Mais plus grandit le pouvoir de l’homme plus s’élargit le champ de ses responsabilités, personnelles et communautaires. On voit par là que le message chrétien ne détourne pas les hommes de la construction du monde et ne les incite pas à se désintéresser du sort de leurs semblables : il leur en fait au contraire un devoir plus pressant. » (fin)

 

 

 

Bonne journée.

 

P. Philippe

 


Billet de Pâques du  lundi 4 mai

 

Chers amis, vendredi dernier, c’était le 1er mai, fête de St Joseph travailleur. Traditionnellement, c’est aussi le jour où se déroulent les traditionnels défilés des forces syndicales, revendiquant pour la plupart une plus juste répartition du travail et des salaires. St Joseph, l’artisan-paysan d’un petit village de Galilée, est pour le chrétien le modèle à suivre dans l’accomplissement de ses activités professionnelles, parce qu’il a travaillé dans l’intimité quotidienne de Jésus. Le travail est joie et souffrance, il est service de la communauté et approche de Dieu : voilà ce qu’on apprend à l’école de Nazareth. Alors, à l’heure où notre pays va prendre progressivement le chemin d’un déconfinement qui, je l’espère , sera raisonnable et raisonné, et que l’activité économique devrait lentement redémarrer, l’idée m’est venue de vous parler du travail, à travers les billets de cette semaine : à travers quelques grands textes de la doctrine sociale de l’Eglise, et aussi du Concile Vatican II. Intéressons-nous, aujourd’hui et demain, au chapitre 3 de la Constitution Pastorale dur l’Eglise dans le monde de ce temps, Gaudium et Spes : « L’activité humaine dans l’univers » :

 

 

 

« Par son travail et son génie, l’homme s’est toujours efforcé de donner un plus large développement à sa vie. Mais aujourd’hui, aidé par la science et la technique, il a étendu sa maîtrise sur presque toute la nature, et il ne cesse de l’étendre ; et, grâce notamment à la multiplication des moyens d’échange de toutes sortes entre les nations, la famille humaine se reconnaît et se constitue peu à peu comme une communauté une au sein de l’univers. Il en résulte que l’homme se procure désormais par sa propre industrie de nombreux biens qu’il attendait autrefois avant tout de forces supérieures. Devant cette immense entreprise, qui gagne déjà tout le genre humain, de nombreuses interrogations s’élèvent parmi les hommes : quels sont le sens et la valeur de cette laborieuse activité ? Quel usage faire de toutes ces richesses ? Quelle est la fin de ces efforts, individuels et collectifs ? L’Église, gardienne du dépôt de la parole divine, où elle puise les principes de l’ordre religieux et moral, n’a pas toujours, pour autant, une réponse immédiate à chacune de ces questions ; elle désire toutefois joindre la lumière de la Révélation à l’expérience de tous, pour éclairer le chemin où l’humanité vient de s’engager. Pour les croyants, une chose est certaine : considérée en elle-même, l’activité humaine, individuelle et collective, ce gigantesque effort par lequel les hommes, tout au long des siècles, s’acharnent à améliorer leurs conditions de vie, correspond au dessein de Dieu… »  (à suivre)

 

 

 

Bonne journée.                                                                                                     P. Philippe

 


Billet de Pâques du  samedi 2 mai

 

Chers amis, retrouvons St Augustin, au Livre XIII des « Confessions », chapitre XXXVII : « De quelle sorte Dieu se repose dans nous. »

 

 

 

            « Ce sera alors que vous vous reposerez en nous, mon Dieu, de la même sorte que vous opérez maintenant en nous : et ce repos dont nous jouirons sera votre repos, parce que ce sera vous qui nous en ferez jouir, comme les bonnes œuvres que nous faisons sont vos œuvres, parce que c’est vous qui nous les faites faire. Car pour ce qui est de vous, Seigneur, vous agissez sans cesse, et vous vous reposez sans cesse. Ce n’est pas seulement durant quelque temps que vous voyez ce que nous soyez ; ce n’est pas seulement durant quelque temps que vous agissez ; et ce n’est pas seulement durant quelque temps que vous prenez du repos. Et cependant c’est vous qui nous faites voir ce que nous voyons dans le temps : c’est vous qui formez le temps même ; et c’est vous qui nous faites avoir ce repos qui nous affranchira des lois du temps. »

 

 

 

Bonne journée.

 

P. Philippe

 

           

 


Billet de Pâques du vendredi 1er mai

 

Chers amis, aujourd’hui je fais une courte pause dans la lecture de quelques textes de St Augustin pour vous proposer une prière du Pape François à St Joseph, en cette fête de St Joseph travailleur. L’intervention du pape a été diffusée sur les différents médias du Vatican le 19 mars 2020, juste avant le début de la prière mariale du chapelet décidée par la Conférence des évêques d’Italie pour demander à Dieu de les aider face à la crise sanitaire que connaît le pays. Le Souverain pontife a adressé une prière à saint Joseph, se recueillant devant une icône représentant la visite faite par l’Ange Gabriel au « gardien » de la Sainte Famille.

 

 

 

« Chers frères et sœurs, je me joins à la prière que la Conférence épiscopale a voulu promouvoir, en signe d’unité pour tout le pays. Dans cette situation sans précédent, où tout semble vaciller, aidons-nous à rester fermes sur ce qui compte vraiment. C’est une indication de la voie à suivre que je trouve dans les nombreuses lettres de vos Pasteurs qui, en partageant un moment aussi dramatique, cherchent à soutenir votre espérance par leurs paroles et votre foi. La prière du Rosaire est la prière des humbles et des saints qui, dans ses mystères, contemplent avec Marie la vie de Jésus, le visage miséricordieux du Père. Et combien nous avons tous besoin d’être vraiment consolés, de nous sentir enveloppés par sa présence d’amour ! La vérité de cette expérience se mesure dans notre relation avec les autres, qui en ce moment se trouvent être nos parents les plus proches : soyons proches les uns des autres, en exerçant d’abord la charité, la compréhension, la patience et le pardon. Par nécessité, nos espaces se sont peut-être réduits aux murs de la maison, mais vous avez un cœur plus grand, où l’autre peut toujours trouver disponibilité et accueil. Ce soir, nous prions ensemble, en nous confiant à l’intercession de saint Joseph, Gardien de la Sainte Famille, Gardien de toutes nos familles. Le menuisier de Nazareth connaissait aussi la précarité et l’amertume, le souci du lendemain ; mais il savait marcher dans l’obscurité de certains moments, se laissant toujours guider sans réserve par la volonté de Dieu.

 

 

 

Protégez, Saint Gardien, notre pays.

 

Éclairez les responsables du bien commun, afin qu’ils sachent – comme vous – comment prendre soin des personnes qui leur sont confiées.

 

Donnez l’intelligence de la science à ceux qui recherchent des moyens adéquats pour la santé et le bien-être physique de leurs frères et sœurs.

 

Soutenez ceux qui se dépensent pour les nécessiteux : bénévoles, infirmières, médecins, qui sont en première ligne pour soigner les malades, même au prix de leur propre sécurité.

 

Bénissez, Saint Joseph, l’Eglise : à commencer par ses ministres, fais d’elle un signe et un instrument de ta lumière et de ta bonté.

 

Accompagnez, Saint Joseph, les familles : par ton silence priant, construis l’harmonie entre les parents et les enfants, surtout les plus petits.

 

Préservez les personnes âgées de la solitude : ne laissez personne dans le désespoir de l’abandon et du découragement.

 

Réconfortez ceux qui sont plus fragiles, encouragez ceux qui vacillent, intercédez pour les pauvres.

 

Avec la Vierge Marie, priez le Seigneur de libérer le monde de toute forme de pandémie.

 

Amen. »

 


Billet de Pâques du jeudi 30 avril

 

Chers amis, dans le Livre XIII, au chapitre XIV, St Augustin nous dit que l’âme est soutenue par la foi et l’espérance.

 

 

 

            « Et moi-même souvent je m’écrie : « Où êtes-vous, mon Dieu, où êtes-vous ? » Et je respire un peu en vous, lorsque mon âme se répand en elle-même par la joie qu’elle ressent de confesser votre grandeur, et de publier vos louanges… Lorsqu’elle est en cet état (d’abîme), la foi que vous m’avez donnée pour conduire mes pas parmi ces ténèbres, lui dit : « Pourquoi es-tu triste, mon âme, et pourquoi me troubles-tu ? Espère en Dieu, dont la parole est un flambeau allumé pour te conduire : espère et persévère… Espère en Dieu. Je me tiendrai présent, Seigneur, devant vous au point du jour, et en contemplant vos grandeurs je les publierai sans cesse : je me tiendrai devant vous au point du jour, et ainsi je verrai mon Dieu, le Dieu de mon salut, qui a vivifié nos corps mortels par le Saint-Esprit qui habite en nous… C’est par lui que nous avons reçu dans le pèlerinage de cette vie la promesse et le gage d’être désormais lumière : c’est par lui que nous sommes sauvés dès ici-bas par l’espérance, et que d’enfants de la nuit et des ténèbres que nous étions auparavant, nous devenons des enfants du jour et de la lumière… Mon Dieu, qu’avons-nous que nous n’ayons point reçu de vous, nous qui avons été tirés d’une masse pour être des vases consacrés à votre honneur… »

 

 

 

 

 

Bonne journée.

 

P. Philippe

 


Billet de Pâques du mercredi 29 avril

 

Chers amis, dans le texte de St Augustin que je vous propose aujourd’hui, tiré du Livre XII, chapitre X, voyons comment il prie Dieu de lui faire connaître la vérité. Ces paroles peuvent peut-être nous rejoindre aux heures sombres, aux heures d’égarement.

 

 

 

            « Ô Vérité qui êtes la lumière de mon âme, que ce soit vous, et non pas mes ténèbres qui me parlent. Je me suis laissé emporter dans ces malheureuses vicissitudes des choses mortelles et passagères, et elles m’ont rempli l’esprit de ténèbres : mais cela même m’a servi pour vous aimer. Je me suis égaré ; et dans mon égarement je me suis souvenu de vous. J’ai entendu derrière moi votre voix qui me commander de retourner ; et j’ai eu peine de l’entendre à cause du bruit et du tumulte que mes péchés faisaient dans moi-même. Voici maintenant que je reviens tout hors d’haleine et tout en sueur, pour me rafraîchir dans votre sainte fontaine. Que personne ne m’en empêche, Seigneur, j’en boirai, et je vivrai. Car mon âme n’est pas elle-même la vie dont elle vit. Elle a bien pu dans ses désordres se donner la mort à soi-même, mais c’est en vous seul qu’elle recouvre la vie. Parlez-moi, instruisez-moi. J’ai cru vos saintes Ecritures ; et vos paroles m’ont paru remplies de mystères bien profonds. »

 

 

 

Bonne journée.

 

P. Philippe

 


Billet de Pâques du mardi 28 avril

 

Chers amis, peut-être nous est-il arrivé à un moment ou l’autre de notre histoire, de notre itinéraire, de nous éloigner de Dieu, de chercher ailleurs qu’en Dieu un sens à notre vie. Laissons résonner en nous ce que nous dit aujourd’hui St Augustin, dans les Confessions, Livre X, chapitre XXVII : « De quelle sorte la beauté de Dieu nous ravit le cœur. »

 

 

 

            « Que j’ai commencé tard à vous aimer, ô beauté si ancienne et si nouvelle ! que j’ai commencé tard à vous aimer ! Vous étiez au-dedans de moi ; mais, hélas ! j’étais moi-même au-dehors de moi-même. C’était en ce dehors que je vous cherchais. Je courais avec ardeur après ces beautés périssables qui ne sont que les ouvrages et les ombres de la vôtre, cependant que je faisais périr misérablement toute la beauté de mon âme, et que je la rendais par mes désordres toute monstrueuse et toute difforme. Vous étiez avec moi, mais je n’étais pas avec vous. Car ces beautés qui ne seraient point du tout si elles n’étaient en vous, m’éloignaient de vous. Vous m’avez appelé : vous avez crié, et vous avez ouvert les oreilles de mon cœur en rompant et en brisant tout ce qui me rendait sourd à votre voix. Vous avez frappé mon âme de vos éclairs : vous avez lancé vos rayons sur elle, et vous avez chassé toutes les ténèbres qui la rendaient aveugle au milieu de votre lumière même. Vous m’avez fait sentir l’odeur incomparable de vos parfums, et j’ai commencé à ne respirer que vous, et à soupirer après vous ; j’ai goûté la douceur de votre grâce, et me suis trouvé dans une faim et dans une soif de ces délices célestes. Vous m’avez touché, et je suis devenu tout brûlant d’ardeur pour la jouissance de votre éternelle félicité. »

 

 

 

 

 

Bonne journée.

 

P. Philippe

 

 

 


Billet de Pâques du lundi 27 avril

 

Chers amis, cette semaine, permettez-moi, d’ouvrir quelques pages choisies des Confessions de St Augustin. Les « Confessions » ont été composées au cours des années 397-400. Un des plus beaux livres de chevet de l’Occident, autobiographie lyrique – la première d’une telle ampleur et d’un tel éclat- elles orchestrent une symphonie de thèmes dont les siècles successifs, et le nôtre, n’ont cessé et ne cessent encore de s’enchanter : l’inquiétude constitutive de l’homme, le poids de l’enfance, les orages de l’adolescence, la pression du passé sur le présent, la chaîne des habitudes, la vague des passions, les séductions des amitiés et des amours, les prestiges du théâtre, la présence originaire du mal, les profondeurs de la mémoire, la mystère du temps, l’errance spirituelle et la proximité de Dieu.

 

 

 

Le premier texte de St Augustin que je vous propose est tiré du Livre X : Temps présent, mémoire et désir, au chapitre premier, et s’intitule : « N’avoir de joie ni d’espérance qu’en Dieu » :

 

 

 

« Que je vous connaisse, ô mon Dieu, que je vous connaisse ainsi que je suis connu de vous. Entrez dans mon âme, unique force de mon âme, et rendez-la si pure par votre souveraine pureté qu’elle soit toute remplie et toute possédée de vous, et qu’elle n’ait plus ni tache ni ride. C’est là le but de mes espérances : c’est là le mouvement qui anime mes paroles : c’est là le sujet de toutes mes joies, de toutes mes véritables et mes légitimes joies. Car pour toutes les autres choses de la vie, les unes méritent d’autant moins d’être pleurées qu’on les pleure davantage, et les autres sont d’autant plus déplorables qu’on les pleure moins. Mais puisque j’apprends de votre parole sainte que vous aimez la vérité, et que celui qui marche selon ses règles, se présente librement à la lumière, je viens reconnaître la vérité, non seulement devant vous par une confession secrète que je vous fais dans mon cœur où vous lisez mes pensées, mais encore devant les hommes par une confession publique que je fais dans cet écrit, en présence de ceux qui le liront. »