Billet du samedi 29 novembre

Chers amis, il n’est pas toujours aisé de s’entendre pour travailler ensemble dans l’Eglise entre mouvements aux sensibilités bien diverses, entre militants sociaux et priants charismatiques, entre traditionalistes et progressistes… Et si chacun était nécessaire à l’harmonie de l’ensemble, surtout quand la tempête gronde sur le monde ?

 

Voici une légende indienne : « La légende de l’arc-en-ciel »

 

         Un beau jour, toutes les couleurs du monde entier se mirent à se disputer. Chacune prétendait qu’elle était la plus belle, la plus importante, la plus utile, la préférée !

 

         Elles se vantaient, à haute-voix, chacune étant bien convaincue d’être la meilleure. Le bruit de leur querelle s’enfla de plus en plus. Soudain, un éclair d’une lumière aveuglante apparut dans le ciel, accompagné de roulements de tonnerre. La pluie commença à tomber à torrents sans discontinuer. Effrayées, toutes les couleurs se tapirent et se rapprochèrent pour chercher un abri les unes près des autres.

 

         La pluie prit la parole : « Stupides créatures qui vous battez entre vous, chacune essayant de dominer l’autre, ne savez-vous pas que c’est Dieu qui vous a faites toutes, chacune dans un but particulier, uniques et différentes ?

 

         Il aime chacune d’entre vous, il a besoin de vous toutes. Joignez vos mains et venez à moi. Il va vous étendre à travers le ciel en un magnifique arc-en-ciel, pour vous montrer qu’il vous aime toutes, que vous pouvez vivre ensemble en paix. Comme une promesse qu’il est avec vous, et comme un signe d’espérance pour demain… »

 

         Ainsi, chaque fois que Dieu envoie une pluie pour laver le monde, il place l’arc-en-ciel dans son ciel, et quand nous l’apercevons nous devrions nous rappeler qu’il veut que nous sachions, nous aussi, nous apprécier les uns les autres et le louer de notre merveilleuse complémentarité…

 

 

 


Billet du samedi 28 novembre

Chers amis, un peu d’humour. L’Eglise ne se résume qu’à la paroisse et le clocher au pied duquel on se retrouve le dimanche et à d’autres occasions de la vie. Ce sont des communautés bien humaines. Et donc bien imparfaites…

 

« La paroisse est morte ! »

 

Monsieur le Curé vient de s’approcher du micro, l’air sombre : « Mes bien chers frères, mes bien chères sœurs, je dois vous annoncer une nouvelle bien triste : notre paroisse est morte… vous vous êtes souvent plaints de ce qu’elle ne soit pas très vivante. Eh bien, maintenant, elle est décédée… je vous invite tout de même à faire une dernière visite à la chère défunte à l’issue de l’office… » Brouhaha dans les chaises…

 

Une fois le dernier cantique chanté, les paroissiens se rangent respectueusement à la file pour l’ultime hommage à la défunte qui repose dans son cercueil au bas de la nef. Pour découvrir aussi ce visage dont les traits n’ont pas tellement marqué la plupart des paroissiens : « Dites, chuchote-t-on, comment était-elle faite… ? »

 

Mais voici que chacun de ceux qui se penchent à leur tour sur la bière pour contempler le visage de la chère disparue, a un brusque haut-le-corps et se retire bouleversé !

Qu’y a-t-il donc de si étrange ?

Lorsqu’arrive mon tour je me penche sur le cercueil, et, ô surprise, un visage me saute aux yeux : le mien, un visage aux yeux écarquillés… le fond de la bière était un miroir !

La paroisse ? c’est moi, et personne d’autre.

La paroisse ? C’est moi ! Et personne d’autre…

 

         « L’Eglise est toujours en retard ! » « L’Eglise ne comprend rien ! » « L’Eglise est faite de croulants vieillis ! » …

 

« Et si l’Eglise, c’était moi ? »

 

 

         


Billet du vendredi 27 novembre

« DANS LE CŒUR DE L’EGLISE, JE SERAI L’AMOUR »

(Ste Thérèse de l’Enfant Jésus – 1873-1897)

 

« A l’oraison, mes désirs me faisant souffrir un véritable martyre, j’ouvris les épîtres de Saint Paul afin de chercher quelque réponse ; les chapitres XII et XIII de la première épître aux Corinthiens me tombèrent sus les yeux…

 

J’y lus, dans le premier, que tous ne peuvent être apôtres, prophètes, docteurs… que l’Eglise est composée de différents membres et que l’œil ne saurait être en même temps la main. La réponse était claire mais ne comblait pas mes désirs, elle ne me donnait pas la paix.

 

Sans me décourager je continuai ma lecture et cette phrase me soulagea : « Recherchez avec ardeur les dons les plus parfaits, mais je vais encore vous montrer une voie plus excellente ». Et l’Apôtre explique comment tous les dons les plus parfaits ne sont rien sans l’Amour… que la Charité est la voie excellente qui conduit sûrement à Dieu. Enfin j’avais trouvé le repos…

 

Considérant le corps mystique de l’Eglise, je ne m’étais reconnue dans aucun de ses membres décrits par Saint Paul, ou plutôt je voulais me reconnaître en tous…

 

La charité me donna la clé de ma vocation. Je compris que si l’Eglise avait un corps, composé de différents membres, le plus nécessaire, le plus noble de tous ne lui manquait pas : je compris que l’Eglise avait un cœur, et que ce cœur était brûlant d’amour. Je compris que l’Amour seul faisait agir les membres de l’Eglise, que si l’Amour venait à s’éteindre, les Apôtres n’annonceraient plus l’Evangile, les Martyrs refuseraient de verser leur sang… Je compris que l’amour renfermait toutes les vocations ; que l’amour était tout, qu’il embrassait tous les temps et tous les lieux… ; en un mot, qu’il est éternel !...

 

Alors, dans l’excès de ma joie délirante, je me suis écriée : O Jésus mon Amour… ma vocation, enfin je l’ai trouvée, ma vocation, c’est l’amour !...

 

Oui, j’ai trouvé ma place dans l’Eglise et cette place, ô mon Dieu c’est Vous qui me l’avez donnée… dans le cœur de l’Eglise, ma Mère, je serai l’Amour… ainsi, je serai tout… ainsi mon rêve sera réalisé !!!...

 

 

 

 

         


Billet du jeudi 26 novembre

 

Chers amis, je voudrais aujourd’hui ouvrir quelques pages sur l’Eglise. Je vous proposerai tantôt des prières, tantôt des réflexions, tantôt des textes qui font référence. Mais j’aimerais aussi vous laisser la parole. Alors, n’hésitez pas à envoyer au secrétariat vos propres idées, réflexions, témoignages, sur ce thème ou un autre de votre choix. Ils me seront transmis et trouveront leur place. Voici l’adresse : secretariat@quimpersaintcorentin.com.

 

         Le premier texte que je vous propose aujourd’hui est une prière de Saint Jean-Paul II :

 

AVEC L’AIDE DE MARIE

 

Nous te confions, ô Mère de l’Eglise,

Tous les problèmes de cette Eglise,

Toute sa mission, tout son service.

 

Permets-nous d’aller, dans l’avenir,

A la rencontre de tous les hommes

Et de tous les peuples qui cherchent Dieu

Sur les chemins de diverses religions

Et qui veulent le servir.

Aide-nous tous à annoncer le Christ

Et à révéler « la force et la sagesse divine »

Qui sont cachées dans sa croix…

 

Mère du bon conseil !

Indique-nous comment nous devons servir l’homme,

Dans toutes les nations,

Comment le conduire sur les chemins du salut,

Comment protéger la justice et la paix

Dans un monde menacé de divers côtés…

 

O Mère de l’Eglise !

Fais que l’Eglise jouisse de la liberté et de la paix

Dans l’accomplissement de sa mission de salut

Et qu’elle jouisse à cette fin d’une nouvelle maturité de foi et d’unité intérieure !

 

Aide-nous à découvrir toute la simplicité

Et la dignité de la vocation chrétienne !

Fais que les ouvriers ne manquent jamais

 

A la vigne du Seigneur.

 

 


Billet du mercredi 25 novembre

 

         Un peu partout, et dans tous les domaines, nous commençons à perdre patience et nous avons hâte de retrouver une vie sociale à peu près normale. Il va falloir encore du temps pour que tout rentre dans l’ordre et que nous soyons enfin débarrassés de cette pandémie qui a fait bien des ravages. Mais savons-nous être patients avec nous-mêmes ? Je vous livre ici une prière du Pasteur André DUMAS :

 

Notre Dieu, donne-nous du temps

Empêche-nous de vouloir aller plus vite

Que nous ne permet la longue houle de notre cœur.

Fais que nous ayons patience avec nous-mêmes,

Car le temps œuvre à l’ombre de nos irritations,

Le temps progresse et cicatrise,

Alors même que nous démange sa lenteur

Et que nous inquiètent ses retours de flamme.

 

Donne-nous du temps pour prendre et apprendre.

Donne-nous le temps de l’approche et de l’attachement.

Donne-nous d’accepter que le temps de la convalescence

Aille aussi lentement que celui de l’enfièvrement.

Oh ! Dieu, apprends-nous à espérer dans le temps

Pour nos propres vies et pour le monde entier,

Cat toi aussi tu as usé du temps, sans l’accuser.

Toi aussi tu marches en lenteur

Et tu reconstruis, de génération en génération.

 

Notre Dieu, donne-nous confiance dans le temps,

Aux jours où il nous semble que nous piétinons

Et que nous régressons.

Nous ne te demandons ni l’impatience ni la passivité.

Nous te demandons que la patience du temps

Pacifie et reconstruise nos vies.

 

 

 

 

 

 

 

 

P. Philippe


Billet du mardi 24 novembre

L’Eglise fête aujourd’hui St André Düng-Lac, prêtre, et ses compagnons, martyrs au Vietnam (+ de 1625 à 1886). Je vous livre ici une prière d’une jeune du Vietnam (Boat People) :

 

MERCI POUR CES POUMONS QUI RESPIRENT

 

Pour ces poumons qui respirent,

Pour ce cœur qui bat,

Pour ces regards, ces sourires,

Pour le moindre geste, le moindre pas.

 

Pour cette vie en moi,

A chaque minute, à chaque seconde,

Pour toute cette vie en lui,

L’inconnu, le passant, l’ami.

 

Pour ce miracle quotidien

Qui n’étonne plus,

Pour ce merveilleux cadeau

Qui n’éblouit plus.

 

Pour ta bonté

Sans cesse renouvelant la vie,

Pour ton amour

Sans cesse multipliant la vie.

 

Pour cette vie,

Et la vie que tu nous as promise,

 

Nous marchons vers Toi !


Billet du lundi 23 novembre

 

         L’Eglise fête aujourd’hui Saint Colomban, moine irlandais, saint protecteur des motards. Sa devise était : « Si tu enlèves la liberté, tu ôtes la dignité ». Alors, comme aumônier des motards, permettez-moi ici de vous livrer sa prière :

 

Prière de St Colomban 

 

« Seigneur, donne-moi, je t’en prie, au nom de Jésus-Christ,

Ton Fils et mon Dieu,

Cette charité inébranlable, pour que ma lumière brille

Sans jamais s’éteindre, qu’elle brûle pour moi et éclaire les autres.

O Christ, notre Sauveur, daigne allumer nos lampes,

Afin qu’elles brillent sans interruption dans ton temple,

Recevant de ta lumière éternelle une lumière incessante,

Capable d’éclairer nos ténèbres,

Et d’éloigner de nous les ténèbres du monde.

Puissé-je seulement en t’aimant, te contempler,

Te désirer, t’attendre, et puisse pour cela ma lampe

Briller et brûler en ta présence.

Qu’il te plaise, sauveur très aimé,

De te révéler à nous qui t’en prions,

Afin que te connaissant, il nous suffise de t’aimer,

De n’aimer que toi, de ne désirer que toi,

De ne faire que de toi l’objet de nos méditations

Et de nos pensées incessantes.

Inspire-nous un amour à ta mesure et digne d’un Dieu ;

Que cet amour occupe notre vie intérieure,

Qu’il nous prenne tout entier et remplisse nos cœurs

Afin que nous ne sachions aimer rien d’autre que toi,

L’Eternel ! »

 

 

P. Philippe

 

 


Billet du dimanche 22 novembre

C’est de dimanche que se termine l’année liturgique. Nous avons fait route avec l’évangile selon Saint Matthieu. Que nous en reste-t-il ? Quel visage du Christ avons-nous découvert en méditant chaque jour la parole de Dieu ? Je vous livre ici quelques lignes des méditations du bienheureux Charles de Foucauld qu’il nous livre sur l’évangile selon Saint Matthieu. Replaçons-les dans le contexte d’écriture de 1899. Même si nous ne nous exprimons pas nécessairement de la même manière aujourd’hui, il n’en demeure pas moins qu’elles sont encore d’actualité. Chacun y trouvera peut-être de quoi nourrir sa prière.

 

         « Lisons donc toujours l’Evangile amoureusement, comme assis aux pieds du Bien-aimé et l’écoutant nous parler de Lui-même… Quand nous lisons le Saint Evangile, nous sommes vraiment aux pieds de Dieu présent partout ; Il nous parle vraiment de Lui-même, se faisant connaître à nous, nous racontant sur Lui mille détails ; c’est vraiment Lui qui nous parle, puisque les Livres Saints sont « soufflés » aux écrivains sacrés par l’Esprit Saint, et sont la vraie parole de Dieu… Nous devons tâcher de comprendre cette bien-aimée parole : celui qui aime ne se contente pas d’écouter les paroles de l’être aimé comme une mélodie chérie ; il tient à saisir, à comprendre les moindres mots ; il y tient d’autant plus qu’il aime davantage, car tout ce qui vient de l’être aimé a tant de prix, et surtout ses paroles sont comme quelque chose de son âme !... Tout l’Ancien Testament, comme tout le Nouveau, est un tendre entretien par lequel le Bien-aimé nous fait, de Sa propre bouche, connaître ce qu’Il est, ce qu’Il pense, ce qu’Il a fait, ce qu’Il fera, nous donnant sur Lui mille détails… Recevons amoureusement cette faveur d’amour, écoutant amoureusement, attentivement, en nous efforçant de n’en rien perdre, en tâchant de bien les comprendre, en les aimant, en les désirant, en n’en étant jamais rassasié, en en ayant toujours soif, en les gravant dans notre mémoire, en les gardant en nous comme un trésor, en les repassant dans notre esprit, en nous en servant comme d’une direction pour toute notre vie, en les prenant pour guides dans toutes nos pensées, paroles et actions, avec une reconnaissance, un respect, un bonheur se mesurant sur notre amour, écoutons ainsi amoureusement paroles chères et bénies, toute parole de la Sainte Ecriture, ce que le Bien-aimé nous dit de Lui !... Examinons notre conscience… Est-ce l’accueil que nous faisons à la parole de Dieu chaque fois qu’elle s’offre à nous quand nous la trouvons dans une lecture ?... La désirons-nous, en avons-nous soif comme on a soif d’entendre le Bien-aimé ? Les gravons-nous dans notre esprit, nous en faisons-nous un trésor dans notre mémoire ? Les repassons-nous en nous-mêmes, les méditons-nous ? Nous servent-elles de direction dans notre vie, nous conduisons-nous d’après elles, nous réglons-nous sur elles ?.. »

 

 

 

P. Philippe


Billet du samedi 21 novembre

« Pandémie, vie de l’Eglise, quelles leçons ? » (suite et fin)

 

Qui sont les ministres de cette « Église-famille » ?

Pour saint Paul VI, le sacerdoce commun est vécu de manière éminente par les époux, armés de la grâce du sacrement du mariage. Les parents, donc, en vertu de ce sacrement, sont aussi les « ministres du culte », qui, pendant la liturgie domestique rompent le pain de la Parole, prient avec elle et transmettent la foi à leurs enfants. Le travail des catéchistes est valable, mais il ne peut remplacer le ministère de la famille. La liturgie familiale elle-même initie les membres à participer plus activement et consciemment à la liturgie de la communauté paroissiale. Tout cela permet de faire la transition de la liturgie avec un clerc à la liturgie familiale.

 

Au-delà de l'espace strictement domestique, croyez-vous que la spécificité de ce « ministère » de la famille, des époux et de la relation conjugale peut et doit aussi avoir une importance prophétique et missionnaire pour toute l'Église ainsi que pour le monde ? Sous quelles formes, par exemple ?

Bien que pendant des décennies, l'Église ait réaffirmé que la famille est la source de l'action pastorale, je crains qu'à bien des égards, cela ne soit maintenant devenu simplement une partie de la rhétorique de la pastorale familiale. Beaucoup ne sont toujours pas convaincus du charisme évangélisateur de la famille ; ils ne croient pas que la famille a une « créativité missionnaire ». Il y a beaucoup à découvrir et à intégrer. J'ai personnellement vécu une expérience très stimulante dans mon diocèse avec la participation des couples et des familles à la pastorale familiale. Certains couples ont participé à la préparation du mariage ; d'autres accompagnaient les jeunes mariés au cours des cinq premières années de leur mariage

Les familles « sont appelées à poser leur marque dans la société, trouvant d'autres expressions de fécondité qui prolongent en quelque sorte l'amour qui les soutient. » Un résumé de tout cela se trouve dans le Document final du Synode des Évêques sur le Famille, où les Pères synodaux écrivaient : « La famille se constitue ainsi comme sujet de l'action pastorale à travers l'annonce explicite de l'Évangile et l'héritage de multiples formes de témoignage : solidarité avec les pauvres, ouverture à la diversité des personnes, soin de la création, solidarité morale et matérielle avec les autres familles, en particulier les plus nécessiteuses, engagement pour la promotion du bien commun à travers la transformation de structures sociales injustes, à partir du territoire dans lequel il vit, en pratiquant des œuvres de miséricorde corporelle et spirituelle. »

 

Revenons maintenant à considérer un horizon plus large. Le virus ne connaît pas de barrières. Si des égoïsmes individuels et nationaux sont apparus, il est vrai qu'il est clair aujourd'hui que sur Terre nous vivons une fraternité humaine fondamentale.

Cette pandémie doit nous conduire à une nouvelle compréhension de la société contemporaine et nous permettre de discerner une nouvelle vision de l'Église. On dit que l'histoire est un professeur qui n'a souvent pas d'élèves ! Précisément à cause de notre égoïsme et de notre individualisme, nous avons une mémoire sélective. Non seulement nous effaçons de notre mémoire les difficultés que nous causons, mais nous sommes également capables d'oublier nos voisins.

Par exemple, dans cette pandémie, les considérations économiques et financières ont souvent pris le pas sur le bien commun. Dans nos pays occidentaux, bien que nous soyons fiers de vivre en régime démocratique, en pratique tout est conduit par ceux qui possèdent le pouvoir politique ou économique. Au lieu de cela, nous devons redécouvrir la fraternité. Si l'on assume la responsabilité liée au Synode des Évêques, je pense que synodalité et fraternité sont deux termes qui s’appellent mutuellement.

 

Dans quel sens ? La synodalité est-elle également proposée à la société civile ?

Une caractéristique essentielle du processus synodal dans l'Église est le dialogue fraternel. Dans son discours au début du Synode sur les jeunes, le Pape François a déclaré : « Le Synode doit être un exercice de dialogue avant tout entre ceux d'entre vous qui y participent. » Et le premier fruit de ce dialogue est que chacun s'ouvre à la nouveauté, au changement d'opinion, à se réjouir de ce que disent les autres. »

Par ailleurs, au début de l'Assemblée spéciale du Synode pour l'Amazonie, le Saint-Père a fait référence à la « fraternité mystique » et a souligné l'importance d'une atmosphère fraternelle parmi les pères synodaux, « en gardant la fraternité qui doit exister ici » et non la confrontation. À une époque comme la nôtre, où l'on assiste à des revendications excessives de souveraineté des États et à un retour d’une approche de classes, les sujets sociaux pourraient réévaluer cette approche « synodale », ce qui faciliterait une voie de rapprochement et une vision coopérative.

Comme le soutient Christoph Théobald, ce « dialogue fraternel » peut ouvrir une voie pour surmonter la « lutte entre intérêts compétitifs » : « Seul un sentiment réel et quasi-physique de « fraternité » peut permettre de surmonter la lutte sociale et de donner accès à une compréhension et une cohésion, certes fragiles et temporaires. L’autorité se transforme ici en « autorité de fraternité » ; une transformation qui suppose une autorité fraternelle, capable de susciter, par interaction, le sentiment évangélique de fraternité - ou “ l'esprit de fraternité ”, selon le premier article de la Déclaration universelle des droits de l'homme - alors que les tempêtes de l'histoire risquent de le balayer. »

Dans ce cadre social, les paroles clairvoyantes du Saint-Père résonnent fortement lorsqu'il a dit qu'une Église synodale est comme une bannière levée parmi les nations dans un monde qui appelle à la participation, à la solidarité et à la transparence dans l'administration des affaires publiques, mais qui au contraire place souvent le sort de tant de gens entre les mains avides de groupes au pouvoir étroit.

Dans le cadre d'une Église synodale qui « marche ensemble » avec les hommes et les femmes et participe aux travaux de l'histoire, nous devons cultiver le rêve de redécouvrir la dignité inviolable des peuples et la fonction de service de l'autorité.

Cela nous aidera à vivre d'une manière plus fraternelle et à construire un monde, pour ceux qui viendront après nous, qui soit plus beau et plus digne de l'humanité. (Fin)

 

 

 

Au terme de cet entretien, chacun aura pu, je pense, trouver matière à réflexion. Et si, au lendemain de cette longue pandémie, nous trouvions l’élan nécessaire pour revivifier notre paroisse et, ensemble, inventer de nouveaux chemins d’évangile !

 

 

P. Philippe


Billet du vendredi 20 novembre

« Pandémie, vie de l’Eglise, quelles leçons ? » (suite)

 

La pauvreté spirituelle et l'absence d'une vraie rencontre avec l'Évangile ont de nombreuses implications…

Certainement. Et on ne peut pas vraiment rencontrer Jésus sans s'engager à l’égard de sa Parole. Concernant le service, voici une réflexion : ces médecins et infirmières qui ont risqué leur vie pour rester proches des malades n’ont-ils pas transformé les salles d’hôpital en « cathédrales » ? Le service aux autres dans leur travail quotidien, en proie aux exigences de l'urgence sanitaire, était pour les chrétiens un moyen efficace d'exprimer leur foi, de refléter une Église présente dans le monde d'aujourd'hui, et non plus une « Église de sacristie », absente des rues, ou se satisfaisant de projeter la sacristie dans la rue.

 

Ainsi, ce service peut-il être un moyen d'évangélisation ?

La fraction du pain eucharistique et de la Parole ne peut se faire sans rompre le pain avec ceux qui n'en ont pas. C'est cela la diaconie. Les pauvres sont théologiquement le visage du Christ. Sans les pauvres, on perd le contact avec la réalité. Ainsi, tout comme un lieu de prière dans la paroisse est nécessaire, la présence de la cuisine pour la soupe, au sens large du terme, est importante. La diaconie ou le service d'évangélisation là où il y a des besoins sociaux est une dimension constitutive de l’être de l’Église, de sa mission. De même que l'Église est missionnaire par nature, c’est de cette nature missionnaire que découle la charité pour notre prochain, la compassion, qui est capable de comprendre, d'aider et de promouvoir les autres. La meilleure façon de faire l'expérience de l'amour chrétien est le ministère du service. Beaucoup de gens sont attirés par l'Église non pas parce qu'ils ont participé à des cours de catéchisme, mais parce qu'ils ont participé à une expérience significative de service. Et cette voie d'évangélisation est fondamentale dans l'ère actuelle de changement, comme le Saint-Père l'a observé dans son discours à la Curie en 2019 : « Nous ne sommes plus en régime de chrétienté. » La foi, en fait, n'est plus une condition préalable évidente pour vivre ensemble. Le manque de foi, ou plus clairement la mort de Dieu, est une autre forme de Le service rend manifeste la vérité propre au Christ. Si l'Église domestique échoue, l'Église ne peut pas exister. Pandémie qui fait mourir des gens. Je me souviens de la déclaration paradoxale de Dostoïevski dans sa Lettre à Fonvizin : « Si quelqu'un me montrait que le Christ est en dehors de la vérité et qu'il s'avère effectivement que la vérité est en dehors du Christ, je préférerais rester avec le Christ plutôt qu'avec la vérité. " Le service rend manifeste la vérité propre au Christ.

 

La fraction du pain à la maison pendant le confinement a finalement mis en lumière la vie eucharistique et ecclésiale vécue dans la vie quotidienne de nombreuses familles. Pouvons-nous dire que le foyer est redevenu Église, y compris « église » au sens liturgique.

 Cela m'a semblé très clair. Et ceux qui, pendant cette période où la famille n'a pas eu l'opportunité de participer à l'Eucharistie, n'ont pas saisi l'occasion d'aider les familles à développer leur propre potentiel, ont raté une occasion en or. D'un autre côté, il y a eu des familles qui, en cette période de restrictions, se sont révélées, de leur propre initiative, « créatives dans l'amour ». Cela inclut la manière dont les parents accompagnent leurs jeunes dans des formes de scolarisation à domicile, l'aide offerte aux personnes âgées, la lutte contre la solitude, la création d'espaces de prière et la disponibilité aux plus pauvres. Que la grâce du Seigneur multiplie ces beaux exemples et redécouvre la beauté de la vocation et des charismes cachés dans toutes les familles.

 

Vous avez parlé plus tôt d'une « nouvelle ecclésiologie » qui émerge de l'expérience forcée du confinement. Que suggère cette redécouverte de la maison ?

Cela suggère que l'avenir de l'Église est ici, à savoir, dans la réhabilitation de l'Église domestique et en lui donnant plus d'espace, une Église-famille composée d'un certain nombre de familles-Église. Telle est la prémisse valide de la nouvelle évangélisation, qui nous semble si nécessaire entre nous. Nous devons vivre l'Église au sein de nos familles. Il n'y a pas de comparaison entre l'Église institutionnelle et l'Église domestique. La grande Église communautaire est composée de petites Églises qui se rassemblent dans des maisons. Si l'Église domestique échoue, l'Église ne peut pas exister. S'il n'y a pas d'Église domestique, l'Église n'a pas d'avenir ! L'Église domestique est la clé qui ouvre des horizons d'espérance !

Dans les Actes des Apôtres, nous trouvons une description détaillée de l'Église domestique, la domus ecclesiae : « Jour après jour, alors qu'ils passaient beaucoup de Ce n'est pas la famille qui est subsidiaire à l'Église, mais c'est l'Église qui doit être subsidiaire à la famille. Temps ensemble dans le temple, ils rompaient le pain à la maison et mangeaient leur nourriture avec un cœur heureux et généreux » (Actes 2,46).

Dans l'Ancien Testament, la maison familiale était le lieu où Dieu se révélait et où la célébration la plus solennelle de la foi juive, la Pâque, était célébrée. Dans le Nouveau Testament, l'Incarnation a eu lieu dans une maison, le Magnificat et le Benedictus ont été chantés dans une maison, la première Eucharistie a eu lieu dans une maison, de même que l'envoi du Saint-Esprit à la Pentecôte. Au cours des deux premiers siècles, l'Église se réunissait toujours dans la maison familiale.

 

Récemment, l'expression « petite église domestique » a souvent été utilisée avec une note réductrice, peut-être involontairement… Cette expression aurait-elle pu contribuer à affaiblir la dimension ecclésiale du foyer et de la famille, si facilement comprise par tous, et qui nous paraît aujourd'hui si évidente ?

Nous en sommes peut-être à ce stade à cause du cléricalisme, qui est l'une des perversions de la vie sacerdotale et de l'Église, malgré le fait que le Concile Vatican II ait restauré la notion de famille comme « Église domestique » en développant l'enseignement sur le sacerdoce commun. Dernièrement, j'ai lu cette explication précise dans un article sur la famille. La théologie et la valeur de la pastorale dans la famille vue comme Église domestique ont pris un tournant négatif au IVe siècle, avec la sacralisation des prêtres et des évêques, au détriment du sacerdoce commun du baptême, qui commençait à perdre de sa valeur.

Plus l'institutionnalisation de l'Église progressait, plus la nature et le charisme de la famille en tant qu'Église domestique diminuait. Ce n'est pas la famille qui est subsidiaire à l'Église, mais c'est l'Église qui doit être subsidiaire à la famille. Dans la mesure où la famille est la structure fondamentale et permanente de l'Église, il convient de lui redonner une dimension sacrée et cultuelle, la domus ecclesiae.

Saint Augustin et Saint Jean Chrysostome enseignent, dans le sillage du judaïsme, que la famille doit être un milieu où la foi peut être célébrée, méditée et vécue. Il est du devoir de la communauté paroissiale d'aider la famille à être une école de catéchèse et un espace liturgique où le pain peut être rompu sur la table de la cuisine… (à suivre)

 

 

P. Philippe


Billet du jeudi 19 novembre

Chers amis, ces derniers jours des voix se sont élevées pour manifester contre l’interdiction de célébrer l’eucharistie dans les églises. Comme s’il n’y avait que cette manière de faire Eglise ! D’autres voix s’élèvent, certes moins nombreuses, pour inviter à prendre un peu de hauteur face à la pandémie et ses répercussions sur l’Eglise. Parmi ces voix, il y a celle du Cardinal Mario GRECH, nouveau secrétaire général du Synode des Evêques. Pour les trois jours qui viennent, je vous invite à lire cet entretien : « Pandémie, vie de l’Eglise, quelles leçons ? » Une parole sans détours, franche, et qui ouvre des perspectives pour une vie en Eglise après le confinement. Un entretien réalisé par Antonio Spondaro, Jésuite, et Simone Sereni, laïc, marié et père de famille. Il est paru sur le site « La civilta cattolica » (https://www.laciviltacattolica.com).

 

Mgr Mario Grech est le nouveau secrétaire général du Synode des évêques. Né à Malte en 1957, il a été nommé évêque de Gozo en 2005 par Benoît XVI. De 2013 à 2016, il a été président de la Conférence épiscopale de Malte. Le 2 octobre 2019, le pape François l'a nommé Pro-Secrétaire Général du Synode des évêques. À ce titre, il a participé au Synode sur l'Amazonie. L’expérience pastorale de Mgr Grech est vaste. Sa gentillesse et sa capacité à écouter les questions nous ont incités à avoir une conversation libre. En partant de la situation de l'Église en période de pandémie - d’une ecclésiologie « en confinement » - et des défis importants qu’elle révèle pour aujourd'hui, nous sommes naturellement passés à des réflexions sur les sacrements, l'évangélisation, le sens de la fraternité humaine, et donc de la synodalité, que Monseigneur Grech considère comme étroitement liée. Une partie de l'entretien étant consacrée à la « petite église domestique », nous avons fait le choix d’une conversation menée conjointement par un prêtre et un laïc, marié et père de famille.

 

Mgr Grech, la période de pandémie que nous traversons encore, a forcé le monde entier à s'arrêter. La maison est devenue un lieu de refuge contre la contagion ; les rues se sont vidées. L'Église a été touchée par cette suspension de toute activité et les célébrations liturgiques publiques n'ont plus été autorisées. Quelles a été votre réflexion en tant qu'évêque, en tant que pasteur ?

Si nous prenons cela comme une opportunité, cela peut devenir un moment de renouveau. La pandémie a mis en lumière une certaine ignorance religieuse, une pauvreté spirituelle. Certains ont insisté sur la liberté de culte ou la liberté pour le culte, mais peu de choses ont été dites sur la liberté dans la manière de prier. Nous avons oublié la richesse et la variété des expériences qui nous aident à contempler le visage du Christ. Certains ont même dit que la vie de l'Église avait été interrompue ! Et c'est vraiment incroyable. Dans la situation qui a empêché la célébration des sacrements, nous n’avons pas réalisé qu'il y avait d'autres manières de faire l’expérience de Dieu. Dans l'Évangile de Jean, Jésus dit à la Samaritaine : « L'heure vient où vous n’adorerez le Père ni sur cette montagne ni à Jérusalem. […] L'heure La fidélité du disciple à Jésus ne peut être compromise par l’absence temporaire de liturgie et de sacrements. Le confinement que nous avons vécu, nous oblige à ouvrir les yeux sur la réalité que nous vivons dans nos églises. « Vient, et c’est maintenant, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, car tels sont les adorateurs que le Père recherche » (Jean 4,21-23). La fidélité du disciple à Jésus ne peut être compromise par l’absence temporaire de liturgie et de sacrements. Le fait que de nombreux prêtres et laïcs soient entrés en crise parce que tout à coup nous nous sommes retrouvés dans la situation de ne pas pouvoir célébrer l'Eucharistie coram populo est en soi très significatif. Pendant la pandémie, un certain cléricalisme est apparu, même via les réseaux sociaux. Nous avons été témoins d'un degré d'exhibitionnisme et de piétisme qui a plus à voir avec la magie qu'avec une expression de foi mature.

 

Alors quel défi pour aujourd’hui ?

Lorsque le temple de Jérusalem où Jésus a prié a été détruit, les Juifs et les Gentils, n'ayant pas de temple, se sont rassemblés autour de la table familiale et ont offert des sacrifices par leurs lèvres et par des prières de louange. Lorsqu'ils ne pouvaient plus suivre la tradition, les Juifs et les Chrétiens ont repris la loi et les prophètes et les ont réinterprétés d'une nouvelle manière. C'est aussi le défi pour aujourd'hui. Lorsqu'il a écrit sur la réforme dont l'Église avait besoin, Yves Congar a affirmé que la « mise à jour » souhaitée par le Concile devait aller jusqu'à la découverte d'une manière nouvelle d'être, de parler et de s'engager qui réponde au besoin d'un service évangélique total pour le monde. Au lieu de cela, de nombreuses initiatives pastorales de cette période ont été centrées sur la seule figure du prêtre. L'Église, en ce sens, semble trop cléricale et le ministère est contrôlé par des clercs. Même les laïcs sont souvent conditionnés par un modèle de cléricalisme fort. Le confinement que nous avons vécu, nous oblige à ouvrir les yeux sur la réalité que nous vivons dans nos églises. Il faut réfléchir, s'interroger sur la richesse des ministères laïcs dans l'Église, comprendre si, et comment ils se sont exprimés. A quoi sert une profession de foi, si cette même foi ne devient pas le levain qui transforme la pâte de la vie ?

 

Quels aspects de la vie de l'Église ont émergé de cette période contrastée ?

Nous avons découvert une nouvelle ecclésiologie, peut-être même une nouvelle théologie, et un nouveau ministère. Cela indique donc qu'il est temps de faire les choix nécessaires pour s'appuyer sur ce nouveau modèle de ministère. Ce serait un suicide si, après la pandémie, nous revenions aux mêmes modèles pastoraux que ceux que nous avons pratiqués jusqu'à présent. Nous dépensons une énergie énorme à essayer de convertir la société sécularisée, mais il est plus important de nous convertir nous-mêmes pour réaliser la conversion pastorale dont le pape François parle souvent. Je trouve curieux que beaucoup de gens se soient plaints de ne pas pouvoir recevoir la communion et célébrer les funérailles à l'église, mais bien moins se sont inquiétés de savoir comment se réconcilier avec Dieu et son prochain, comment écouter et célébrer la Parole de Dieu et comment vivre une vie de service. En ce qui concerne la Parole, nous devons donc espérer que cette crise, dont les effets nous accompagneront pendant longtemps, sera pour nous, en tant qu'Église, un moment opportun pour remettre l'Évangile au centre de notre vie et de notre ministère. Beaucoup sont encore « analphabètes de l'Évangile ».

 

À cet égard, vous avez déjà évoqué la question de la « pauvreté spirituelle » : quelle est sa nature et quelles sont, à votre avis, les causes les plus évidentes de cette pauvreté ?

Il est indéniable que l'Eucharistie est la source et le sommet de la vie chrétienne ou, comme d'autres préfèrent le dire, le sommet et la source de la vie même de l'Église et des fidèles ; et il est également vrai que « la célébration liturgique […] est l'action sacrée par excellence, et qu’aucune autre action de l'Église n'égale son efficacité au même degré » ; mais l'Eucharistie n'est pas la seule possibilité pour le chrétien d'expérimenter le Mystère et de rencontrer le Seigneur Jésus. Paul VI l’a bien observé en écrivant que dans l’Eucharistie « la présence du Christ est « réelle » et non de façon exclusive, comme si les autres n’étaient pas « réelles ». » Par conséquent, il est préoccupant que quelqu'un se sente perdu en dehors du contexte eucharistique ou du culte, car cela montre une ignorance des autres façons de s'engager dans le Mystère. Cela indique non seulement qu'il existe un certain « analphabétisme spirituel », mais c’est la preuve de l'insuffisance de la pratique pastorale actuelle. Il est très probable que dans un passé récent, notre activité pastorale a cherché à conduire aux sacrements et non à conduire - à travers les sacrements - à la vie chrétienne… (à suivre)

 

 

P. Philippe


Billet du mercredi 18 novembre

Hegel, philosophe allemand mort de l’épidémie du choléra le 14 novembre 1831, disait que « la lecture du journal est la prière du matin du philosophe. » Alors nous sommes tous philosophes ! Combien plus la relecture de la journée est-elle la prière du soir du chrétien ! Gandhi, qui était plus dévot que Hegel, et plus exposé, confiait qu’il n’aurait pu tenir sans la prière : « elle est la clé du matin et le verrou du soir. » Formule riche de sens, que le disciple du Christ fait volontiers sienne ! La prière n’est-elle pas une clé qui ouvre les yeux de la foi sur le monde ; et un verrou qui les recueille dans la méditation de tout ce qui arrive ? Car l’Esprit de Dieu continue d’écrire la Bonne Nouvelle du salut dans l’histoire des hommes.

 

         Cependant, les bonnes nouvelles dans les médias se font beaucoup plus discrètes que les mauvaises, et il nous faut être attentifs à démêler l’écheveau. Les journaux, écrits, radiodiffusés ou télévisés, et ceux des réseaux sociaux, nous livrent en vrac les unes et les autres, mais seule la foi devine leur dimension spirituelle. C’est pourquoi la lecture des événements qui nous arrivent, petits et grands, heureux ou fâcheux comme celui de la pandémie que nous traversons, est un « exercice spirituel » dont on ne peut se passer. Sa difficulté tient souvent à l’urgence qui oppresse ou au tragique qui paralyse - et on l’a vu avec la première période de confinement – mais plus encore à la superficialité du regard. Nous en restons à la surface des choses et donnons dans le piège, au lieu de lever les yeux, de prendre du recul et de la hauteur, et de remonter à la source, où tout est divin. Ce monde qui va mal est pourtant sorti des mains de Dieu, et chacun autour de nos a une valeur sacrée. Ne pas prier, ne pas prendre le temps de faire relecture dans la foi, ce serait laisser Dieu et sa création hors de notre existence.

 

         Ce qui nous touche dans le cours des choses, c’est leur visage humain. Le Concile Vatican II nous le rappelle, dans la Constitution Pastorale sur l’Eglise dans le monde de ce temps, « Gaudium et Spes », au n° 1 : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur… La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire. »

        

         Dieu est à l’œuvre en cet âge, il travaille sans cesse. En tout ce qui arrive, il nous fait signe. Saurons-nous prendre ce temps de relecture aujourd’hui ?

 

 

P. Philippe

Billet du mardi 17 novembre

Evadons-nous un peu aujourd’hui avec un croyant d’une autre culture. Je vous livre le message de l’Aigle Blanc, indigène hopi, un texte qui m’a été transmis par Yvon et Maryse. Laissons-nous interpeller par le contenu de ce message :

 

« Ce moment que traverse l’humanité peut être considéré

Comme un portail ou un trou.

La décision de tomber dans le trou ou de passer

Par le portail vous appartient.

Si vous consommez les nouvelles avec pessimisme,

Vous tomberez dans le trou.

Si vous voyez le tout avec du recul et avec la vision

De l’aigle, vous percevrez la dimension spirituelle

De cette crise et vous passerez le portail.

Prenez soin de vous et des autres ; c’est par la joie qu’on résiste.

Les peuples indigènes vous montrent le chemin :

Malgré leurs souffrances, leurs exterminations,

Ils ont toujours continué à chanter et à danser.

Ouvrez votre cœur aux beautés de l’Univers,

Elles vous aideront à avoir un esprit positif.

Restez sereins dans la tempête, prenez le temps

De vous poser, de méditer…

Chacun de nous aura un rôle à jouer ; ce qui est important

Maintenant, c’est de dégager l’essentiel au jour le jour.

Chantez, dansez, résistez par l’art, la joie, la foi et l’amour. »

 

 

P. Philippe


Billet du lundi 16  novembre

Nos vies sont marquées par des ruptures et laissent souvent des cicatrices qui, parfois, mettent du temps à se refermer. Si certaines ruptures nous sont imputées, il en est d’autres qui nous font mal parce que nous les subissons, nous renvoyant à notre impuissance. Cependant, les unes comme les autres, de notre fait ou extérieures, éveillent en nous des résonances affectives d’autant plus durables que nos repères et notre mode de vie peuvent en être bouleversés. Et c’est ce qui se passe avec cette pandémie de COVID 19. Deux vagues ! Deux tsunamis qui font des ravages. Et nous connaissons les répercussions sur l’économie, l’éducation, la culture, les familles, la vie spirituelle des croyants ? Comment vivre au mieux ces ruptures ? Comment allons-nous pouvoir nous reconstruire après ? En quoi la foi peut-elle aider à sortir de cette épreuve spirituelle qui atteint de plein fouet notre motivation, notre goût de vivre, jusqu’à peut-être ébranler nos convictions les plus profondes ?

 

         L’Ecriture est riche en récits de rupture. Singulièrement, le long récit de l’Exil nous fait approcher les situations de survie du peuple d’Israël, son sentiment persistant d’être abandonné par Dieu lui-même – jusqu’à sa conversion au « Dieu caché » que proclama Isaïe. Dieu n’est pas celui que l’on croyait : passé la nuit de l’espérance, il se révèle aux cœurs pauvres qui consentent à ne pas anticiper les gestes par lesquels il les sauvera. Toute rupture, aussi douloureuse soit-elle, peut aussi être vécue comme un nouveau commencement, une nouvelle naissance, une nouvelle création.

 

         Dieu crée et sauve en appelant à la liberté, à la rupture avec des conduites et des logiques sans horizon. Avec la mort et la résurrection du Christ, le sentiment d’abandon éprouvé disparaît au profit d’une alliance qui se joue au cœur de chaque personne de bonne volonté. Nous pouvons entrer dans une démarche de conversion pour vivre l’épreuve que nous traversons en union plus intime avec le Seigneur mort et ressuscité, et non comme un châtiment ou un mépris de Dieu.

 

         Le Ressuscité n’est-il pas celui qui donne la joie de rompre avec ce qui nous emprisonne ?

 

 

P. Philippe

 

 


Billet du vendredi 14 novembre

Les chances de l’école. Je m’inspire ici, en l’adaptant pour aujourd’hui, d’un article paru dans la revue « Christus » d’avril 2007, ayant pour thème « Parmi nous, les musulmans ». L’article s’intitule : « Risquer la rencontre - Les chances de l’école », et il est signé par Marie-Thérèse ABGRALL, membre de la Communauté St François-Xavier à Paris.

 

         L’horrible et sauvage assassinat de Samuel Paty alors qu’il rentrait de sa journée de classe, et qu’il avait osé montrer à certains de ses élèves des caricatures du prophète Mahomet, dans le cadre d’une séance sur la liberté d’expression, a soulevé la France entière. Elle a soulevé aussi bien des questions et des débats, des amalgames. Quelques jours plus tard, c’était l’attentat dans la Basilique Notre Dame, à Nice…

 

         Les obstacles ne manquent pas : aux portes de nos écoles viennent battre toutes les violences du monde comme autant de vagues menaçantes. Les mouvements qui traversent nos sociétés traversent aussi les salles de classes et ses cours de récréation. Les jeunes élèves ne sont pas encore assurés de leur identité propre et de leur propre foi, car ils sont influençables, jeunes, fragiles, exposés à tous vents de doctrines. Mais l’école n’est-elle pas un lieu où l’humanité se partage. Ne peut-elle pas, ne doit-elle pas devenir le lieu de confrontations positives où chacun advient à lui-même et se construit dans la rencontre de l’autre, son semblable et son frère. Y compris dans la dimension de croyant.

 

         L’école est ce lieu où on enseigne aux jeunes à se respecter mutuellement, y compris dans sa foi. Le vrai respect mène au désir de connaissance : désirer connaître en vérité l’autre en son humanité, avec ce qu’il a de plus profond, et donc avec la dimension religieuse qui le fonde. Le respect est « un regard vers le paysage de l’autre », disait le frère Christian de Chergé, Abbé de la Communauté des moines de Thibirine, assassiné avec ses frères. Avoir un regard compréhensif et accueillant à l’autre.

 

         Ce que l’autre dit qu’il est ou qu’elle est – s’il ou elle le sait – doit renvoyer les jeunes, à eux-mêmes et à leur propre appartenance spirituelle. Mais ce qui vaut pour les jeunes le vaut aussi pour les adultes eux-mêmes. Et donc à aller plus loin dans la connaissance et l’approfondissement de sa foi et de ses convictions. Connaître la foi de l’autre mais aussi la sienne. S’adressant aux jeunes musulmans de Casablanca le 19 août 1985, Saint Jean-Paul II disait que « l’homme est un être spirituel » et que « la recherche de la vérité conduit, au-delà des valeurs intellectuelles, jusqu’à la dimension spirituelle de la vie intérieure ».

 

         Vérité de ce qui rassemble, vérité de ce qui divise. Et richesse de pouvoir en parler. Le préalable pour rencontrer l’autre est de savoir ce dont on vit personnellement, d’où on vient et ce à quoi on tient. Il importe qu’il y ait place et temps à l’école pour cette parole-là. Il faudra expliquer, donner un éclairage, éviter les dérives, se risquer soi-même à une parole personnelle, sans prosélytisme mais avec vérité. Il faudra charge de sens intérieur tout un vocabulaire qui n’est pas seulement historique : à travers une visite, un film, un événement, des témoins qui parlent en leur nom personnel, on peut apprendre ce qui rapproche et ce qui distingue la prière musulmane et la prière chrétienne, le Carême et le Ramadan, et que le mosquée et l’église, l’imam et le prêtre, n’ont pas le même rôle ni la même fonction. Et que cela peut et dont être dit dans le respect de chacun.

 

L’école offre de nombreux atouts. Elle est d’abord un lieu privilégié pour le « vivre ensemble ». Un lieu où se forge une culture commune. On est ensemble et à égalité en situation d’apprentissage. Un lieu où on peut élaborer des projets, participer ensemble à des actions de solidarité, qui engagent la foi de chacun et la dépassent, s’adressant à tous. Des jeunes fort différents s’y retrouvent au coude à coude. Un lieu enfin où les jeunes esprits se forment pour qu’une fois adultes, ils puissent lire à la double lumière de leur foi et de la raison critique la Bible ou le Coran.

 

Le risque de la rencontre n’est-il pas en définitive une chance pour la foi, elle la provoque à une vérité et une authenticité plus grandes. Elle nous fait voir ce qui est à l’œuvre en cet âge, où, en dépit des violences et de nos peurs, nous commençons à nous accueillir les uns les autres comme des frères en chemin. Au cœur du monde et en chacun, Dieu agit d’une manière que Lui seul connaît ».

 

Je laisse le mot de la fin au Bienheureux Charles de Foucauld qui, à Tamanrasset, recueille les fruits de la confiance et nous parle de quatre amis :

 

« J’ai ici au moins quatre « amis », sur qui je puis compter entièrement. Comment se sont-ils attachés à moi ? Comme nous nous lions entre nous. Je ne leur ai fait aucun cadeau, mais ils ont compris qu’ils avaient en moi un ami, que je leur étais dévoué, qu’ils pourraient avoir confiance en moi et ils m’nt rendu la pareille de ce que j’étais pour eux… Je puis leur demander n’importe quel conseil, renseignement, service, je suis sûr qu’ils me le rendent de leur mieux. »

 

Ou encore ces mots : "Je veux habituer tous les habitants, chrétiens, musulmans, juifs... à me regarder comme leur frère, le frère universel... Ils commencent à appeler la maison "la fraternité", et cela m'est doux."

 

 

 

P. Philippe


Billet du vendredi 13 novembre

Les vendredis 13, les paraskevidékatriaphobes ne vont pas travailler, ne partent pas en voyage, ne font pas leurs courses, bref, ne sortent pas de chez eux. Un économiste américain a d'ailleurs relevé l'impact économique des vendredis 13 : ces jours-là connaissent en effet une baisse importante de la consommation. Les pilotes de formule 1 en particulier ont peur du chiffre 13 depuis la mort de 2 pilotes portant ce numéro en 1926. Ce chiffre n'est jamais porté dans cette discipline sauf si le pilote en fait la demande. Stephen King a également fait l'aveu de cette phobie qui l'empêche de lire les pages 13 des livres.

 

Le 13 est-il un destructeur d'harmonie ? Les Grecs et les Romains donnent eux-aussi à ce nombre une connotation négative dans les mythologies du vendredi 13. Ces deux mythologies, qui comportent de grandes similitudes, associent toutes deux le nombre 12 à la régularité et la perfection. Ainsi, il y a 12 dieux olympiens, 12 constellations, 12 signes du zodiaque, 12 heures du jour et de la nuit. Le nombre 13, qui implique d'ajouter une unité au 12 parfait, vient rompre ce cycle régulier et introduit le désordre. Détruisant l'harmonie, il est synonyme de malheur. Pour ce qui est du vendredi, il est associé aux événements malheureux puisque c'est ce jour-là, dans la Rome antique, que se déroulent généralement les exécutions des condamnés à mort. Et le Christ lui-même n’y a pas échappé. L’occupant était Romain.

 

La peur du vendredi 13, à l’instar du coronavirus en cette année 2020, ralentirait l’économie, ne serait-ce que par le refus de nombreuses personnes de voyager, de travailler et de faire des affaires et cet impact se ressent y compris dans les marchés asiatiques par rebond. Les études montrent pourtant que la Bourse se porte en moyenne bien mieux les vendredis 13. Il s’agirait donc simplement d’un seul biais cognitif. Comme toute phobie, la paraskevidékatriaphobie est irrationnelle, à l’instar de l’humeur du jour, elle influence simplement, mais en profondeur, notre pouvoir à prendre des décisions.

 

Que celles que nous prendrons aujourd’hui ne nous effraient pas !

 

 

 

P. Philippe


Billet du jeudi 12 novembre

« Nous sommes privés de l’Eucharistie ! » Sans vouloir entrer dans quelque querelle stérile, rappelons-nous ce que disait le Frère François Cassingena-Trévedy, moine bénédictin de l’abbaye de Ligugé, dans le département de la Vienne, et spécialiste de la liturgie, artiste et poète, mais avant tout homme d’ouverture et de dialogue. Voici un extrait de l’entretien paru dans le Journal Ouest France du 12 avril 2020 : « Il faut aller à l’essentiel. Le « bisounours charismatique » et la « quincaillerie religieuse » sont désormais irrecevables : c’est de la maturité qu’il nous faut. Du sérieux. La vie spirituelle peut éventuellement se passer des médiations habituelles. Actuellement, on ne peut pas avoir la messe tous les jours, mais c’est l’occasion d’inventer autre chose. Il ne faut pas avoir peur du vide, de l’absence. Nous devons nous faire à cette relative austérité qui nous invite à ne pas être des consommateurs du religieux et à approfondir notre relation à Dieu et aux autres. Le Royaume est à l’intérieur de nous. Ce n’est pas la peine de multiplier les messes virtuelles. »

 

         Certes, nous sommes soumis à un sacrifice de ne pouvoir, pour l’instant, nous retrouver et célébrer l’eucharistie du Seigneur, source et sommet de notre vie chrétienne. Nous avions pu, timidement, retrouver le chemin de nos églises et nous nourrir, en communauté, en famille, de la Parole de Dieu et de l’Eucharistie. Et voilà qu’à nouveau, sans doute plus par prudence gouvernementale que par complot « anti-cathos », les lieux de culte sont restreints pour les offices, à part les funérailles qui peuvent se célébrer dans les églises, mais dans l’intimité de la famille. Nous sommes bien les seuls, parmi les chrétiens de France, à adopter cette posture. Nos frères protestants et orthodoxes ne sont pas dans notre logique. Pourtant, elle est légitime. Et il est dommage qu’il faille en arriver à un référé en justice auprès du Conseil d’Etat.

 

         N’oublions pas ceux qui, en temps ordinaire, sont privés de messe : paroisses rurales, communautés implantées dans des lieux reculés, comme cette forêt amazonienne évoquée lors d’un récent synode, chrétiens persécutés dans des pays où la messe constitue un risque mortel. Songeons aussi à celles et ceux, couples divorcés remariés, qui sont « invités » à s’abstenir de communier.

 

         Faisons preuve d’un peu de patience, d’inventivité pour « nourrir » notre vie chrétienne. Le « jeûne » eucharistique ne peut-il pas être la source d’un renouveau ? Il est certes rude sans être pour autant catastrophique. Et si nous revisitions nos pratiques et nos priorités. La messe n’est-elle pas finalement une « sortie » vers le monde plutôt qu’un moment de confinement dans une église ? Interrogeons-nous sur toutes nos « sorties » ! Le réel nous blesse mais il faut y consentir, non à coups de revendications que seuls les initiés comprennent. Il y a sûrement un autre discours à tenir, en direction des plus fragiles, un chemin d’espérance à ceux qui souffrent et qui pleurent. L’évangile selon St Jean ne fait pas mention de l’institution de l’eucharistie mais lui substitue le lavement des pieds des disciples par Jésus lui-même, un geste bouleversant, un geste d’abaissement et d’humilité. Cet abaissement au chevet des blessures du monde ne pourrait-il pas être le cœur de notre « faim » ?

 

         Ecoutons le bienheureux Charles de Foucauld nous parler de l’Eucharistie, dans une sorte de petit catéchisme, écrit à Béni Abbès :

« Notre Seigneur Jésus a institué l’Eucharistie pour sanctifier les hommes en restant perpétuellement présent parmi eux ; pour s’offrir en sacrifice à Dieu, et pour se donner soi-même en nourriture à nos âmes.

Par l’Eucharistie, Notre Seigneur Jésus perpétue jusqu’à la fin du monde sa présence corporelle parmi les hommes. S’offrant perpétuellement à leur adoration et réalisant le nom d’Emmanuel : « dieu avec nous ».

C’est dans la communion que Notre Seigneur Jésus se donne en nourriture. La communion nous unit intimement à Notre Seigneur Jésus, augmente en nous la grâce et affaiblit notre penchant au mal. Communier, toucher Jésus de sa bouche, le recevoir en soi, c’est s’unir à lui. Tout homme doit désirer communier chaque jour… Heureux ceux qui communient tous les jours. »

 

A l’époque de Frère Charles, la présence d’un chrétien était nécessaire pour qu’il puisse célébrer la messe. En 1907, Charles est prêt à tout pour l’amour des Touaregs ; il est le seul prêtre au Hoggar et décide de rester en sachant qu’il ne pourra dire la messe tous les jours :

« Etant seul prêtre à pouvoir aller au Hoggar – tandis que beaucoup peuvent célébrer le très sait sacrifice – je crois qu’il vaut mieux aller malgré tout au Hoggar, laissant au bon Dieu le soin de me donner le moyen de célébrer s’il le veut (ce qu’il a toujours fait jusqu’à présent par les moyens les plus divers). Autrefois, j’étais porté à voir d’une part l’infini, le saint Sacrifice, d’autre part le fini, tout ce qui n’est pas lui, et à toujours tout sacrifier à la célébration de la sainte messe… mais ce raisonnement doit pécher par quelque chose, puisque depuis les apôtres les plus grands saints ont sacrifié en certaines occasions la possibilité de célébrer à des travaux de charité spirituelle, voyages ou autres… A Tamanrasset, il y a même sans messe quotidienne le très saint sacrement, la prière régulière, les longues adorations, pour moi grand silence et grand recueillement : grâces pour tout le pays sur lequel rayonne la sainte hostie… » (lettre au père Guérin, juillet 1907)

 

Le 29 février 1908, Charles reçoit une lettre du Père Guérin lui annonçant qu’il ne pouvait lui donner l’autorisation de garder le Saint Sacrement : nouvelle épreuve ! Le lendemain, 1er mars, Charles enlève le Saint Sacrement du tabernacle : il obéit ! Il attendra plus de 6 ans pour obtenir de nouveau l’autorisation d’avoir le Saint Sacrement. Privé de la présence eucharistique, Charles est prêt à tout pour l’amour de Dieu, si « telle est sa volonté » :

« Comme vous le dites, c’est une grande privation que de ne jamais jouir non seulement de l’exposition du Très Saint Sacrement, mais même de la présence de la Sainte Hostie dans le tabernacle, mais il faut être prêt à tout pour l’amour de l’Epoux, même à être privé de sa présence sacramentelle en ce monde, si telle est sa volonté. »

 

Voilà qui peut nous donner matière à réfléchir, à nous qui sommes « en manque » !

 

 

P. Philippe


Billet du mercredi 11 novembre

Cette journée du 11 novembre est traditionnellement réservée à la commémoration de la fin de la première guerre mondiale. Cette année elle ne pourra avoir lieu sous sa forme habituelle, consignes sanitaires oblige ! Avec ses alliés, notre pays a gagné cette guerre en 1918. Mais quel fut le prix de cette victoire ? Et quelles furent ses conséquences ? Lorsqu'en août 1914 la guerre éclate entre la France et l’Allemagne, le Maréchal Lyautey s’exclame avec force : « Quel suicide ! » Nous le savons, tant de morts, tant de drames, tant de destructions, tant de souffrances indicibles des peuples et des personnes ! La guerre accompagne, hélas, l’humanité depuis toujours. Mais 1914-1918 fut la Première Guerre mondiale, c’est à dire, au sens premier du terme, ce fut la première fois que l’humanité se mit ainsi en guerre de façon mondiale. Ce fut une tuerie de masse, un déluge de fer et de feu, un enfer de boue et de sang. Sur le terrain, au plus près des hommes, se trouvaient des « soldats de Dieu », des aumôniers militaires admirables. Ils témoignaient de leur foi, de cette certitude que Dieu aime tous les hommes, des deux côtés du front. Il s’est agi, au-delà du drame des combats, de refuser toute haine et toute bestialité. Il s’est agi de reconnaître que français ou allemands, ennemis ou alliés, tous étaient enfants de Dieu, avec leur famille, leur histoire, leur dignité.

 

Ce fut un combat spirituel de chaque jour que de reconnaître, au cœur des tranchées et de leurs atrocités, la pleine humanité de celui qui me fait face. La paix est sans cesse à construire en notre monde. Cette paix ne doit pas être une petite paix étriquée ou une paix au rabais qui ne serait qu’une absence de guerre. Il ne s’agit pas de la victoire des forts sur les faibles, d’une paix ignorant ou écrasant le frère. Il ne s’agit pas de la continuation de la guerre par d’autres moyens. Il ne s’agit pas, non plus, de la paix silencieuse des cimetières. La paix que nous inspire l’Evangile, c’est la paix du Christ, fruit de la justice et de la charité. Il s’agit de cette paix qui vient du cœur pour rejoindre le cœur du frère. Il n’y a pas de paix sans justice. Il n’y a pas de justice sans paix. Il n’y a pas de paix et de justice sans pardon. Le pardon ne s’oppose en rien à la justice, le pardon s’oppose à la rancune et à la vengeance. Or 1914 fut à bien des égards la revanche de 1870. Et 1939 fut par bien des aspects une revanche de 1918. Dramatique et mortifère cycle de la violence...

 

Or ce que dit le Seigneur, c’est la paix pour son peuple. Et ce que nous dit Saint Martin de Tours que nous fêtons en ce 11 novembre, lui qui partagea en deux son manteau avec un pauvre transi de froid, c’est combien charité, justice et paix marchent d’un même pas.

 

Nous sommes ici au cœur d’un combat spirituel. Avec le Christ, nous pouvons proclamer notre certitude que le mal n’a pas le dernier mot. Pour autant, la tentation permanente des nations et des hommes est bien celle de la puissance, de l’orgueil et de la domination. Cette tentation de vouloir s’emparer du monde comme s’il m’appartenait en propre. Et le comble de cette tentation est bien de vouloir mettre Dieu au service de ma puissance. Lorsque l’homme se gonfle lui-même au point d’annexer Dieu pour le réduire à ses propres intérêts, il en arrive à défigurer Dieu de la manière la plus terrible. En revanche, lorsque l’homme se tourne vers Dieu pour prier pour la paix, pour la justice, pour le pardon, il ouvre son cœur à la puissance de salut qui vient du Seigneur.

 

C’est cette prière qui peut déployer la fraternité la plus authentique entre tous les membres de la famille humaine. Comment ne pas penser ici aux drames des conflits et des guerres les plus actuelles, aux femmes et aux hommes, aux enfants et aux vieillards, aux plus pauvres qui sont toujours les premières victimes, à tous ceux qui aujourd'hui encore sont mis à morts, blessés, persécutés, déportés... Comment ne pas penser aux millions de femmes et d’hommes qui aujourd'hui, à nos côtés, manquent encore de tout ? Comment ne pas voir les perversions introduites dans la conduite humaine par ce mépris, cette négation de l’homme. Ces violences et ces injustices crient vers Dieu, elles crient vers notre monde, elles crient vers chacun de nos cœurs.

 

Il nous faut réaliser combien aucune victoire militaire ne mettra fin à ces tentations et à ces combats. L’adversaire n’est pas en face de nous ni en dehors de nous. C’est de la conversion de nos cœurs dont il est ici question de la manière la plus radicale.

 

Prier pour la paix c’est ouvrir son cœur à la puissance rénovatrice de Dieu qui peut déployer la solidarité entre les membres de la famille humaine, malgré les longs épisodes de divisions et de luttes. Prier pour la paix signifie prier pour la justice, la liberté, et le pardon. La prière pour la paix a une dimension fondamentalement inter-religieuse : le sentiment religieux authentique au cœur de l’homme est une source inépuisable de respect et d’harmonie entre les peuples : bien plus, en lui réside le principal antidote contre la violence et les conflits. Il s’agit de prier Dieu de faire de nous des instruments de paix.

 

Puisse cette commémoration du 11 novembre 1918 bien marquer ce qu’ont voulu et espéré les artisans de cette libération, qui nous ont donné de retrouver l’honneur avec la liberté. Puisse aussi le souvenir de tous ceux qui ont donné leur vie héroïquement dans les tranchées et l’anonymat des combats, puisse le souvenir de toutes les victimes, d’hier mais aussi d’aujourd’hui, des héros connus ou inconnus, puisse ce souvenir résonner comme un appel à la conscience des nations et de tout homme pour signifier les vrais enjeux de notre temps.

P. Philippe


Billet du mardi 10 novembre


L’autre jour, plus exactement celui où les rayons autres que ceux de première nécessité étaient désormais interdits, je suis allé dans une grande surface faire mes courses. Et il m’arrive de flâner un peu entre les rayons pour essayer de voir les nouvelles tendances, alimentaires ou autres. Et je laisse malencontreusement traîner mes yeux et mes oreilles sans doute là où il ne fallait pas, et au moment inopportun. J’observe un couple se baisser pour acheter 5 ou 6 bougies décoratives, qui comme chacun le sait sont bien sûr des produits de première nécessité, alors que le rubalise rouge et blanc en interdisait l’accès. Je m’approche d’eux et leur fait savoir que peut-être ils n’avaient pas prêté attention au ruban rouge et blanc courant le long du rayonnage et qu’ils se servent alors qu’ils n’en ont plus le droit. Une des deux personnes me regarde d’un air un peu sévère (le masque ne cache que les lèvres mais pas les yeux !) et hausse le ton en me disant qu’elle savait très bien ce qu’elle faisait, mais qu’elle allait demander à un vendeur si elle pouvait acheter les bougies décoratives en question, une bougie valant quand même 6 euros ! Je n’insiste pas, voyant que la personne était un peu énervée. Je me mets à suivre leur comportement et je les observe de loin passer aux caisses automatiques, sans bien sûr qu’ils aient demandé l’autorisation à qui que ce soit !

 

         On aura beau le dire : on n’est jamais si bien servi que par soi-même ! Peut-être que ces deux personnes qui ont acheté ces bougies décoratives se souviendront-elles, le jour où elles les allumeront sur la table de fête, qu’elles ont quand même bravé l’interdit et que les presque 40 euros déboursés auraient pu être versés à une œuvre caritative.

 

 

P. Philippe


Billet du lundi 9 novembre


Mes chers amis, je ne pensais pas devoir reprendre virtuellement ces entretiens quotidiens que j’avais arrêtés au sortir de la première période de confinement. Je reprends donc la plume, ou plutôt le clavier, pour vous proposer de faire une petite pause dans le quotidien de vos jours, au moment que vous jugerez le plus opportun, conscient que cette nouvelle période de confinement est différente de celle que nous avons tous et toutes vécue durant la première vague de la COVID 19. Peut-être aurons-nous à nous réajuster sereinement d’ici quelques jours ou quelques semaines, selon l’évolution de la pandémie.

 

En remontant à une dizaine de jours, j’ai été interpellé par la force de la première lecture de la messe du jeudi 29 octobre, extraite de la Lettre de St Paul aux Ephésiens 6/10-20. Relisons-la :

 

« Frères, puisez votre énergie dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force. Revêtez l’équipement de combat donné par Dieu, afin de pouvoir tenir contre les manœuvres du diable. Car nous ne luttons pas contre des êtres de sang et de chair, mais contre les Dominateurs de ce monde de ténèbres, les Principautés, les Souverainetés, les esprits du mal qui sont dans les régions célestes. Pour cela, prenez l’équipement de combat donné par Dieu ; ainsi, vous pourrez résister
quand viendra le jour du malheur, et tout mettre en œuvre pour tenir bon. Oui, tenez bon, ayant autour des reins le ceinturon de la vérité, portant la cuirasse de la justice, les pieds chaussés de l’ardeur à annoncer l’Évangile de la paix, et ne quittant jamais le bouclier de la foi, qui vous permettra d’éteindre toutes les flèches enflammées du Mauvais. Prenez le casque du salut et le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la parole de Dieu. En toute circonstance, que l’Esprit vous donne de prier et de supplier : restez éveillés, soyez assidus à la supplication pour tous les fidèles. Priez aussi pour moi : qu’une parole juste me soit donnée
quand j’ouvre la bouche pour faire connaître avec assurance le mystère de l’Évangile dont je suis l’ambassadeur, dans mes chaînes. Priez donc afin que je trouve dans l’Évangile pleine assurance pour parler comme je le dois. »

 

         Ne trouvez-vous pas, comme moi, que cette Lettre de St Paul aurait pu être écrite aujourd’hui et pour notre aujourd’hui. St Paul invite les chrétiens d’Ephèse, et donc nous aussi, à aller au combat et à revêtit les armes du combat spirituel. Mais pas n’importe comment bien sûr. Le combat spirituel ne consiste pas à s’opposer à des ennemis humains, ni à notre propre nature entachée. Nous avons en fait affaire à un ennemi qui possède mille manières pour déstabiliser les âmes vulnérables.

 

         L’équipement de combat est donné gratuitement par Dieu afin de résister aux assauts du mal. C’est autre chose que le masque et tous les gestes barrière ou même le reconfinement, qui, avouons-le, n’en est pas un véritablement ! Quel est donc cet équipement tel que nous le décrit St Paul :

 

-         Autour des reins le ceinturon de la vérité. Cette ceinture de la vérité, quelle est-elle ? C’est la vérité divine clairement reconnue et devenue vérité pratique en nous, c’est-à-dire la sincérité. La droiture du caractère qui hait toute communion avec le royaume du mensonge et les forces adverses, est la force qui recueille les pensées errantes, la lumière qui fait reconnaître l’ennemi sous toutes ses formes, et rend l’âme capable de lutter victorieusement.

 

-         La cuirasse de la justice. La cuirasse servait à couvrir le cœur et les poumons du soldat. Si la justice de Dieu obtenue par la foi en Christ recouvre notre cœur, il ne peut rien nous arriver de mal. La justice du Christ implantée en nous fortifie notre cœur contre les attaques du Malin, sous quelque forme qu’il se présente, ouvertement ou plus sournoisement.

 

-         Les pieds chaussés de l’ardeur à annoncer l’Evangile de la paix. Autrement dit : « Chaussons-nous du zèle courageux que donne l’Evangile pour annoncer la Bonne Nouvelle du salut et la paix avec Dieu. » Notre cœur doit être préparé à porter l’Evangile de la paix. Je ne sais plus qui a dit que l’annonce de l’Evangile commence par les pieds.

 

-         Le bouclier de la foi. Comme le bouclier protégeait le corps du soldat contre les flèches de l’adversaire, de même la foi, celle qui fait entièrement confiance en Dieu et qui ne doute jamais, est la meilleure de toutes les défenses. La foi éteint, arrête, met fin à tous les doutes, les murmures et les suggestions mauvaises des adversaires.

 

-         Le casque du salut. Le soldat romain portait un calot métallique sur la tête pour la protéger des coups. Le salut, la réalisation que nous avons un Sauveur « capable de sauver parfaitement » (Hb. 7/25) doit représenter notre casque.

 

-         Le glaive de l’Esprit. Au chrétien revêtu d’une telle armure pour sa protection dans le combat, St Paul recommande une seule arme offensive et suffisante : l’épée de l’Esprit, la Parole de Dieu. Et la Parole de Dieu bien comprise et appliquée en toute droiture dans notre vie, traduite en actes, peut détruire toute tentation objective négative.

 

-         Enfin, ce qui va fixer toutes les parties de notre armure chrétienne, c’est la prière. Pas la prière artificielle guère efficace, mais la prière sobre et fervente qui peut nous faire du bien. Une prière qui sache aussi se faire supplication, se faire intercession. Sans nous décourager. En restant éveillés.

 

Alors, dans le combat qui est le nôtre, tenons bon !

 

 

P. Philippe